Comme il l'avait prévu, les élans s'enfuirent vers les rochers, non dans la direction de la passe, mais du côté où les collines étaient à pic. Parvenus au bord du précipice, ils furent forcés de retourner en arrière, et suivirent une route qui traversait celle qu'ils avaient prise d'abord. Cette marche donnait l'avantage à Hendrik, qui dirigea diagonalement son couagga.

Il avait l'intention d'isoler un des élans et de laisser les autres galopper tant qu'ils voudraient.

Il ne tarda pas à réaliser son projet. Le plus gros du troupeau s'écarta de ses compagnons, comme s'il eût pensé qu'il avait plus de chance de salut en les abandonnant; mais il avait compté sans Hendrik, qui fut une seconde après à ses trousses.

Le chasseur et sa proie parcoururent rapidement un mille à travers la plaine. Peu à peu la robe de l'élan passa du brun roux au bleu plombé; la salive tomba de ses lèvres en abondance, l'écume inonda sa large poitrine, et des larmes roulèrent dans ses yeux globuleux.

Il était aux abois.

Au bout de quelques minutes, le couagga avait rejoint l'énorme antilope, qui, renonçant à courir, s'arrêtait dans son désespoir pour faire face à l'ennemi.

Hendrik avait la main à sa carabine. Vous pensez sans doute qu'il l'épaula, fit feu et abattit l'élan; vous vous trompez. Hendrik était un vrai chasseur, économe de ses ressources. Il n'avait pas besoin de tuer le caana sur place, il savait que sa proie était en son pouvoir, et qu'il la chasserait devant lui comme un domestique. S'il avait pris le parti d'envoyer une balle à l'élan, il aurait fallu chercher du renfort au camp pour le dépecer et en emporter les morceaux, au risque de le retrouver à moitié dévoré par les hyènes.

Au lieu de tirer, il força l'élan à se retourner, et le poussa devant lui dans la direction de la passe.

CHAPITRE XLI.

LE COUAGGA EMPORTÉ