Les quatre chasseurs allumèrent une torche et coururent à l'entrée du kraal, où ils trouvèrent le cadavre d'une énorme hyène tachetée. Elle n'avait pas fait un pas après avoir reçu le coup fatal; son agonie n'avait pas même été accompagnée de mouvements convulsifs, tant la mort avait été instantanée; en appuyant sa poitrine contre la corde, l'animal avait fait partir la détente, la balle avait pénétré dans ses flancs, et lui avait traversé le cœur.

Après avoir rechargé le roer, les chasseurs remontèrent dans leur chambre à coucher. On serait tenté de croire qu'ils enlevèrent l'hyène, dont le suicide pouvait être un avertissement pour ses camarades; mais Swartboy se contenta de l'introduire dans le kraal pour la joindre aux autres appâts. Eclairé sur le caractère des hyènes, il savait que loin d'être épouvantées par le cadavre d'un être de leur espèce, elles le dévorent aussi avidement que les restes d'une antilope.

Avant le jour, le grand fusil réveilla de nouveau les chasseurs. Cette fois ils ne daignèrent pas se déranger; mais, dès que le soleil se leva, ils visitèrent le piège, et y trouvèrent une seconde hyène, dont la poitrine avait imprudemment pressé la fatale corde.

Toutes les nuits, il continuèrent à faire la guerre aux hyènes, transportant successivement leur kraal d'un lieu à un autre, et plantant des piquets quand ils ne trouvaient pas d'arbres convenablement disposés. Les bêtes féroces finirent par être exterminées, ou du moins elles devinrent si rares et si craintives, que leur présence aux environs du camp cessa d'être gênante.

Vers le même temps parurent d'autres visiteurs plus redoutables, et dont il importait davantage de se débarrasser. C'était une famille de lions.

On avait déjà reconnu ses traces dans le voisinage; mais elle avait longtemps hésité à s'approcher du camp. Au moment où l'on était délivré des hyènes, les lions les remplaçaient, et ils faisaient chaque soir retentir la plaine des plus terribles rugissements. Toutefois ils ne répandaient pas autant d'épouvante qu'on aurait pu le supposer. Les habitants du nwana savaient que, dans cet arbre, ils étaient à l'abri des lions. S'ils avaient eu affaire à des léopards, qui sont des grimpeurs de première force, ils auraient été moins rassurés; mais il n'y avait pas de léopards dans le pays.

C'était, toutefois, très-désagréable de ne pouvoir descendre dans l'arbre après la chute du jour, et d'être régulièrement bloqué depuis le coucher du soleil jusqu'à son lever. En outre, les lions pouvaient trouver moyen de pénétrer dans les kraals où étaient enfermés la vache et les couaggas, dont la perte eût été une calamité. On tenait surtout à conserver la vieille Graaf, précieuse amie, qu'il eût été impossible de remplacer.

A ces causes, il fut résolu d'essayer contre les lions le genre de piège qui avait si parfaitement réussi contre les hyènes.

Dans l'un ou dans l'autre cas, la construction fut identique; seulement on plaça le fusil plus haut, afin de le mettre au niveau du cœur du lion. L'appât, au lieu d'être une charogne, était une antilope fraîchement tuée.

L'attente des chasseurs ne fut pas déçue. La première nuit, le vieux lion pressa la corde fatale, et mordit la poussière. Le lendemain, la lionne eût le même sort, et quelques jours après, un jeune mâle adulte succomba. Il ne s'en présenta point d'autres à l'entrée du kraal; mais, une semaine plus tard, Hendrik tua près du camp un lionceau qui était sans doute le dernier de la famille, car on fut délivré des lions pour longtemps.