Les sauterelles étaient bonnes à manger. Il ne fallait plus qu'un peu de sel pour les rendre plus savoureuses. Tous les assistants s'en régalèrent, et les enfants leur trouvèrent un excellent goût. Beaucoup de personnes considèrent les locustes ainsi préparées comme préférables aux crevettes.

Quelquefois, quand elles sont parfaitement sèches, on les broie en y ajoutant de l'eau, et l'on en fait une espèce de bouillie. Une fois desséchées, elles se gardent pendant longtemps, et forment souvent la base de l'alimentation des pauvres indigènes pendant toute une saison.

Un grand nombre de tribus, principalement celles qui ne s'adonnent pas à l'agriculture, accueillent avec joie l'apparition des sauterelles. Ils sortent de leurs villages avec des sacs et des bœufs de somme, pour ramasser la manne que le ciel leur envoie, et ils en récoltent d'immenses monceaux qu'ils emmagasinent comme du grain.

L'entretien roula sur ces détails jusqu'à l'heure du repos. Le porte-drapeau retourna observer le vent; puis la porte du kraal fut fermée et toute la famille s'endormit.

CHAPITRE V.

LE LENDEMAIN

Le porte-drapeau eut un sommeil agité. Il rêva de locustes, de criquets, de sauterelles, de toute sorte d'insectes aux longues pattes et aux yeux à fleur de tête.

Il fut heureux de voir le premier rayon de lumière pénétrer par la petite fenêtre de sa chambre.

Il sauta en bas de son lit, prit à peine le temps de s'habillier; et sortit à la hâte. Les ténèbres luttaient encore avec les clartés, mais il n'avait pas besoin de jour pour voir le vent, pour agiter une plume ou tendre son chapeau.

La réalité était, hélas! trop évidente.