Hendrik surtout s'occupait de diriger les bœufs, laissant à son jeune frère Hans le soin de conduire les bestiaux, ce qui était moins difficile. La peur réunissait les pauvres bêtes qui marchaient ensemble, sans dévier, n'ayant point d'herbage qui les attirât à droite ou à gauche.

Von Bloom allait devant pour conduire la caravane. Ni lui ni ses fils n'avaient fait de changement à leur costume, qui était celui de tous les jours. Le porte-drapeau avait, comme la plupart des boors du Cap, un chapeau blanc de feutre à larges bords, un gilet de peau de faon, une grande veste de drap vert garnie sur les côtés de larges poches, et des culottes de cuir, qu'on appelle dans le pays carkers. Il était chaussé de feldt-schoenen ou souliers de campagne, en cuir brut. Sur sa selle était étendu un kaross ou fourrure de léopard; il portait sur l'épaule un roer, lourd fusil de gros calibre d'environ six pieds de long, avec une platine à la mode antique. C'est l'arme en laquelle le boor met toute sa confiance. Un Américain des frontières serait disposé à en rire à première vue; mais, s'il connaissait la colonie du Cap, il changerait promptement d'opinion. La carabine de petit calibre employée dans les bois d'Amérique, et dont la balle n'est guère plus grosse qu'un pois, serait presque inutile contre le gros gibier des contrées que nous parcourons; mais, quelle que soit la différence des armes, il y a d'adroits chasseurs dans les karoos d'Afrique, aussi bien que dans les forêts ou les prairies américaines.

Sous le bras gauche du porte-drapeau se courbait une immense poudrière, qui ne pouvait provenir que de la tête d'un bœuf africain. C'était une corne de bœuf des Bechuanas; mais on aurait pu en tirer une semblable de la plupart des comtés du Cap. Quand elle était pleine, elle ne comptait pas moins de six livres de poudre!

Von Bloom avait une carnassière de peau de léopard sous le bras droit, un couteau de chasse à la ceinture, et une grosse pipe d'écume passée dans le galon de son chapeau.

Le costume, les armes, l'équipement de Hans et de Hendrik étaient à peu près identiques. Leurs larges culottes étaient faites de peau de mouton tannée; ils portaient également des vestes de drap vert, des chapeaux blancs à larges bords, et des feldt-schoenen ou souliers de campagne.

Hans avait un léger fusil de chasse: Hendrik était armé d'un yager, forte carabine, excellente pour le gros gibier. Il en était fier, s'en servait avec adresse, et enfonçait un clou avec une balle à une centaine de pas de distance. C'était le tireur par excellence de la compagnie.

Chacun des enfants avait une gibecière remplie de balles et une grosse poire à poudre en forme de croissant. Les selles de leurs chevaux étaient ornées de kaross; seulement ces fourrures étaient l'une d'antilope et l'autre de chacal, tandis que le kaross de leur père était une peau de léopard de premier choix.

Le petit Jan était aussi revêtu d'un chapeau blanc, d'une veste, d'amples culottes et de feldt-schoenen. Malgré sa petite taille, c'était le portrait exact de son père sous le rapport du costume, un type de boor en abrégé.

Gertrude avait un corsage piqué et brodé à la mode hollandaise, une jupe de laine bleue. Ses cheveux blonds étaient cachés sous un chapeau de paille garni de rubans.

Totty avait la tête nue, et elle était habillée très-simplement d'une toile grossière de fabrication domestique.