LA MORT DU LION
Les trois chasseurs respirèrent plus librement. Mais quel devait être l'issue de leur entreprise? ils eurent beau regarder à travers les fentes dans l'intérieur du kraal où régnait une obscurité complète, ils ne virent pas le lion. Et quand même ils l'auraient vu, ils n'avaient aucune ouverture pour y passer le bout d'un fusil et faire feu sur lui. Il n'était pas moins en sûreté que ceux qui l'avaient fait prisonnier. Tant que la porte restait fermée, il ne pouvait leur faire plus de mal qu'ils ne pouvaient lui en faire eux-mêmes.
—Laissons-le enfermé, dit Hendrik. Il mangera les restes abandonnés par les chacals avec les cadavres des deux chiens, et quand ses provisions seront épuisées, il périra misérablement.
Ce n'est pas prudent, dit Swartboy; il a des griffes et des dents, et maintenant il va travailler à se délivrer. S'il y parvenait nous serions perdus.
Von Bloom était rancunier, et bien déterminé à ne pas quitter la place avant d'avoir tué l'animal. Pendant que ses deux compagnons conféraient, il cherchait dans sa tête les moyens de l'atteindre. Il eut d'abord l'idée de tailler dans la porte un trou assez large pour y passer le bout de son roer. S'il ne réussissait pas à voir le lion par cette ouverture, il se proposait d'en tailler une seconde dans le volet. Toutes deux, se faisant face, devaient éclairer l'intérieur, qui ne formait qu'une seule pièce depuis qu'on en avait enlevé la cloison de peau de zèbre.
Ce qui lui fit renoncer à ce projet, c'était le temps indispensable pour l'accomplir. Avant que les deux brèches fussent ouvertes, le prisonnier pouvait forcer la porte. Il importait d'ailleurs de ne pas séjourner longtemps loin d'un pâturage, car les chevaux étaient déjà affaiblis par la faim.
—Mon père, dit Hendrik, si nous mettions le feu à la maison?
—Bonne idée, répondit Von Bloom.
Les yeux se portèrent sur la toiture. Elle se composait de grosses solives recouvertes de lattes et de chevrons sur lesquels s'étendait un lit de joncs d'un pied d'épaisseur. Il y avait là de quoi allumer un grand brasier dont la fumée suffoquerait probablement le lion avant que la flamme l'atteignît.
Les trois chasseurs amassèrent immédiatement des fagots et les amoncelèrent contre la porte. On aurait dit que le lion avait deviné leurs intentions, car il recommença à rugir. Le bruit des bûches qu'on empilait redoubla son inquiétude. Impatient de quitter un asile qui menaçait de devenir son tombeau, il courut alternativement de la porte à la fenêtre en les frappant avec ses énormes pattes.