Le lion ne court pas vite, et la plupart des grands ruminants pourraient le distancer sans peine; s'il s'en empare, c'est par la ruse, par la soudaineté de l'attaque et par l'agilité de son bond. Il se glisse près d'eux à la dérobée, ou se tient en embuscade, et s'élance de l'endroit où il est tapi. Sa structure anatomique lui permet de franchir en sautant une intervalle que certains écrivains, témoins oculaires, évaluent à seize pas. S'il manque sa proie du premier bond, il est rare qu'il la poursuive. Quelquefois pourtant il fait une seconde et même une troisième tentative; mais en cas d'insuccès, il s'éloigne sans inquiéter davantage la victime qu'il comptait immoler.

Les lions vivent isolés; cependant on en trouve jusqu'à dix à la fois qui chassent de compagnie et se renvoient le gibier. Ils attaquent presque tous les autres animaux. Le bison, la girafe, l'oryx, l'élan, le gnou, les jeunes éléphants succombent sous leurs coups. Le rhinocéros lui-même n'est pas à l'abri de leurs atteintes; mais on s'abuserait en croyant qu'ils sont toujours vainqueurs, tantôt ils sont terrassés, tantôt les deux combattants restent sur le champ de bataille.

La chasse au lion n'est pas une profession. Sa dépouille n'a point de valeur, et comme on ne saurait l'attaquer sans danger, on ne songerait pas à le détruire s'il ne prenait l'offensive en dévorant les chevaux et les bœufs des fermiers. Ceux-ci, brûlant de se venger, se mettent en campagne; et dans certains districts on chasse le lion avec une infatigable activité; mais dans les contrées où l'on n'élève pas de bestiaux on le laisse généralement tranquille. Il y a plus, les Bosjesmans et autres tribus errantes respectent sa vie et ne voient en lui qu'un pourvoyeur!

Hendrick, qui avait entendu parler de ce fait, demanda à Swartboy s'il était vrai, et le Bosjesman répondit affirmativement.

—Mes compatriotes, dit-il, ont l'habitude d'épier le lion, de suivre ses traces jusqu'à ce qu'ils le rencontrent. Quelquefois ils sont guidés par les vautours. Quand on a découvert son gîte, on attend qu'il ait fini son repas et qu'il s'éloigne. Alors on s'approche et on s'approprie ses restes. De cette façon, le Bosjesman s'empare souvent des trois quarts d'un animal de haute taille qu'il aurait eu de la peine à tuer lui-même. Sachant que le lion est peu disposé à l'attaquer, il n'en a pas peur; au contraire, il se félicite de le voir. Il est heureux quand les lions sont en grand nombre dans une contrée, parce que ce sont des chasseurs qui lui fournissent régulièrement des vivres.

CHAPITRE XIII.

LES VOYAGEURS ANUITÉS

Nos voyageur auraient longuement disserté sur les lions sans la fâcheuse condition de leurs chevaux. Les pauvres bêtes n'avaient brouté que pendant quelques heures depuis le passage des criquets émigrants; elles souffraient cruellement et il leur restait encore à faire un long trajet avant d'arriver au camp.

La nuit était sombre quand elles s'arrêtèrent à l'endroit où elles s'étaient reposées le soir précédent. Il n'y avait ni lune, ni étoiles. Les gros nuages noirs qui couvraient la voûte du ciel présageaient un orage; mais la pluie n'était pas encore tombée.

L'intention des voyageurs était de faire halte et de laisser reposer leurs chevaux. Ils mirent pied à terre; mais, après avoir exploré le terrain, ils n'y trouvèrent pas trace de gazon!