Le Bosjesman étudia le terrain, sur lequel il appela l'attention de ses compagnons. Ils y remarquèrent avec stupéfaction les traces de plusieurs milliers de sabots. La terre avait l'aspect d'un vaste parc à moutons; si vaste qu'elle était foulée de toutes parts à perte de vue.

—Qu'est-ce que cela signifie? demanda Hendrik.

—Je n'y comprends rien, dit Von Bloom.

—Je vais vous l'expliquer, dit Swartboy. C'est bien notre charrette dans la même vallée, au bord de la même source, mais seulement il y a eu un trek-boken.

—Un trek-boken! s'écrièrent Von Bloom et Hendrik.

—Oui, baas, et il a été très-grand. Voyez plutôt les traces des antilopes!

Von Bloom se rendit compte alors de la nudité du pays, de l'absence des feuilles dans les buissons et des milliers d'empreintes dont le sol était couvert. Un trek-boken avait eu lieu, c'est-à-dire que des troupeaux d'antilopes springboks avaient traversé la contrée dans une de leurs émigrations.

Les alarmes de Von Bloom se dissipèrent en partie; cependant il s'empressa de débrider son cheval et de descendre dans la vallée. En approchant, il vit autour de la charrette les deux chevaux et la vache attachés aux roues de la charrette, sous laquelle s'allongeait une masse informe. Le feu du camp brûlait derrière le véhicule. Le cœur palpitant, les yeux fixes, les deux voyageurs s'avancèrent précipitamment, sans que personne vînt à leur rencontre. Leur souffrance était au comble, lorsque les deux chevaux attachés à la charette hennirent avec bruit. La masse noire qui était dessous s'agita et se dressa brusquement: c'était Totty. Les rideaux qui fermaient la tente s'écartèrent pour livrer passage à trois jeunes têtes. Peu de temps après le petit Jan et Gertrude sautaient dans les bras de leur père, tandis que Hans et Hendrik, Swartboy et Totty échangeaient de joyeuses félicitations.

CHAPITRE XIV.

LE TREK-BOKEN