Les chevaux étaient hors d'état de marcher. Les feuilles de mimosa qu'ils broutaient n'étaient pas une nourriture assez substantielle pour réparer leurs forces épuisées. Elles ne pouvaient servir qu'à prolonger momentanément leur vie jusqu'à ce qu'on leur trouvât un pâturage; mais où le trouver? les sauterelles et les antilopes semblaient avoir métamorphosé l'Afrique en un désert.
Le porte-drapeau eut bientôt pris une résolution, celle de passer la nuit dans la vallée et de se mettre le lendemain à la recherche d'une autre source. Par bonheur, Hans n'avait pas négligé de ramasser deux ou trois springboks, dont la chair succulente réconforta les trois voyageurs.
On laissa les chevaux chercher leur subsistance à leur guise.
Dans des circonstances ordinaires, ils auraient dédaigné les feuilles de mimosa; mais, pressés par la faim, ils levèrent la tête comme des girafes et dépouillèrent sans façon les branches épineuses.
Quelques naturalistes de l'école de Buffon ont prétendu que les animaux respectaient leur roi même après sa mort, et que le loup, l'hyène, le renard, le chacal ne touchaient jamais au cadavre d'un lion. Le porte-drapeau et sa famille purent se convaincre que cette assertion était inexacte: les chacals et les hyènes se jetèrent sur les dépouilles du lion et les firent disparaître en peu de temps. Sa peau même fut dévorée, et les fortes mâchoires des hyènes broyèrent ses ossements. La déférence que ces bêtes féroces témoignent au lion finit avec sa vie. Quand il a succombé, elles le mangent avec autant d'audace que si c'était le plus vil des animaux.
CHAPITRE XV.
A LA RECHERCHE D'UNE FONTAINE
Von Bloom fut en selle de bonne heure, accompagné de Swartboy. Ils prirent les chevaux qui étaient restés au camp et qui étaient plus frais que les autres.
Les deux explorateurs marchèrent à l'ouest, dans l'espoir qu'ils seraient plus vite hors du territoire ravagé par les antilopes, qui allaient du nord au sud. A leur vive satisfaction, au bout d'une heure de marche, ils eurent franchi le sol qu'avait foulé le trek-boken. Ils ne trouvèrent pas d'eau, mais l'herbe était abondante.
Le porte-drapeau renvoya Swartboy au camp, et le chargea d'amener les autres chevaux et la vache dans un lieu qu'il lui désigna. Lui-même poursuivit ses investigations.