L'éléphant des Indes habite la plupart des régions orientales et méridionales de l'Asie, le Bengale, les royaumes d'Aracan, de Siam, de Pégu, Ceylan, Java, Sumatra, Bornéo, l'archipel de la Sonde et les Célébes. Il y est, depuis une époque immémoriale, réduit à l'état domestique, et employé à l'usage de l'homme; mais on le trouve aussi à l'état sauvage, tant sur le continent que dans les îles, et la chasse à l'éléphant est un des exercices favoris des Orientaux.

En Afrique, l'éléphant n'existe qu'à l'état sauvage. Aucune des nations de ce continent peu connu n'a pensé à le dompter et à s'en servir. Il n'est recherché que pour ses dents et pour sa chair. Quelques écrivains ont prétendu qu'il était plus féroce que son congénère indien, et qu'il eût été impossible d'en faire un animal domestique. C'est une erreur. Si l'éléphant africain n'a pas été dressé, c'est uniquement parce qu'aucune nation de l'Afrique moderne n'est arrivée à un degré de civilisation assez avancé pour tirer parti des qualités de ce précieux quadrupède. On peut l'apprivoiser aussi aisément que son cousin des Indes, et charger son dos d'une tour ou howdah. L'expérience en a été faite; mais la meilleure preuve de ce que nous avançons, c'est que la domestication de l'éléphant d'Afrique avait pris jadis un développement immense; ceux de l'armée carthaginoise appartenaient à l'espèce africaine.

Cette espèce, qui hante le centre et le midi de l'Afrique, a pour limites à l'est l'Abyssinie, à l'ouest le Sénégal. Il y a quelques années, on la trouvait au Cap de Bonne-Espérance; mais l'activité des chercheurs d'ivoire hollandais, l'usage meurtrier qu'ils ont fait de leurs grands fusils, l'ont chassée de ces parages, et on ne la voit plus au sud de la rivière Orange.

Quelques naturalistes, entre autres Cuvier, ont cru que l'éléphant d'Abyssinie appartenait à l'espèce indienne. C'est une idée maintenant abandonnée. Ce grand mammifère, qui se distingue par sa tête oblongue, par son front concave, par ses mâchelières composées de lames transverses et ondoyantes, fréquente, comme nous l'avons dit, les régions orientales et méridionales de l'Asie, ainsi que les grandes îles voisines; mais rien ne donne lieu de croire à sa présence dans aucune partie de l'Afrique.

Il est à supposer que l'espèce africaine a des variétés qui n'ont pas été bien étudiées. On dit qu'on en voit dans les montagnes qui dominent le Niger une variété rouge et très-féroce; mais les éléphants rouges qu'on a observés ne devaient peut-être leur couleur qu'à la poussière rouge où ils s'étaient roulés.

Dans les régions tropicales, les éléphants atteignent des proportions plus colossales que partout ailleurs.

Swartboy parla d'une variété connue par les chasseurs hottentots sous la dénomination de koes-cops. Elle diffère de toutes les autres en ce qu'elle est entièrement dépourvue de défenses, qu'elle a le caractère intraitable. Le koes-cops se jette avec fureur sur les animaux ou les hommes qu'il rencontre; mais comme il ne fournit pas d'ivoire, et que par conséquent on n'a point d'intérêt à le tuer, les chasseurs l'évitent et lui cèdent la place.

Ce fut sur ce sujet que, toute la soirée, roula l'entretien de la famille réunie autour du feu du camp. Hans fournit de nombreux renseignements qu'il avait puisés dans les livres: mais ceux que donna le Bosjesman étaient peut-être plus dignes de foi.

Von Bloom et ses fils devaient bientôt acquérir une connaissance pratique des mœurs des proboscidiens, qui allaient devenir pour eux les êtres les plus intéressants de la création.

CHAPITRE XXI.