La plaine était vaste; les abris étaient lointains et clairsemés: aussi Hendrik, découragé, abandonna-t-il le projet d'attaquer les ourebis par devant.

Il était sur le point de regagner le camp, lorsqu'il lui vint à l'idée d'employer la ruse. Il savait que, chez plusieurs espèces d'antilopes, la curiosité est plus forte que la crainte. Il avait souvent, par divers stratagèmes, attiré près de lui des springboks. Pourquoi les ourebis n'obéiraient-elles pas aux mêmes impulsions?

—Tentons l'aventure! se dit-il. Au pis aller, j'en serai quitte pour battre en retraite, ce que je serais obligé de faire dès à présent, si je ne courais une dernière chance.

Sans perdre un instant, il chercha dans sa poche un grand mouchoir rouge qui lui avait plus d'une fois servi en pareille occasion. Malheureusement il ne trouva rien.

Il fouilla dans les deux poches de sa veste et de ses larges culottes, puis dans son gilet; mais, hélas! le mouchoir rouge avait été oublié dans la charrette!

Comment le remplacer? En ôtant sa veste et en l'élevant en l'air? Elle n'était pas d'une couleur assez vive.

Fallait-il mettre son chapeau au bout de son fusil? La réussite de cet expédient était plus probable; cependant il avait le désavantage de trop rappeler la forme humaine que redoutaient les animaux en général et les ourebis en particulier.

Enfin Hendrik eut une heureuse idée.

Il avait entendu dire que la curiosité des antilopes était excitée non-seulement par les couleurs voyantes, mais encore par les formes bizarres, par les mouvements singuliers. Il se souvint d'un stratagème que les chasseurs avaient souvent employé avec succès et dont l'exécution était facile.

Il s'agissait de se tenir sur les mains, la tête en bas. C'était un exercice gymnastique que le jeune homme avait maintes fois pratiqué pour son amusement, et dans lequel il avait acquis l'habileté d'un acrobate.