—Ah! ils avaient des cornes! s'écria Von Bloom, que cette affirmation rassurait.
—Certainement, répondirent à la fois Totty et les deux enfants.
—C'étaient, dit Jan, des cornes pointues qui descendaient en partant du front et remontaient ensuite tout droit. Ces animaux avaient aussi des crinières; leur cou se courbait comme celui d'un cheval; leur nez était garni d'une touffe de poils semblable à une brosse. Ils avaient les membres arrondis comme des poneys et de longues queues blanches qui balayaient la terre comme celle des poneys. Je vous le répète, sans leurs cornes, sans les longs poils dont leur nez et leur poitrine étaient garnis, je les aurais pris pour des poneys. Ils galopaient comme les poneys qui jouent dans les prairies; ils couraient en baissant la tête, secouaient leurs crinières, hennissaient, ronflaient, absolument comme des poneys. Parfois encore ils beuglaient comme des taureaux! et j'avoue que, par la tête, ils ressemblaient à des taureaux! j'ai remarqué aussi qu'ils avaient le sabot fendu comme celui des bœufs. Oh! je les ai bien vus, pendant que Hans chargeait son fusil! Ils étaient au bord de l'eau; mais quand il approcha, ils décampèrent tous à la file. Celui qui les guidait et celui qui fermait la marche étaient de la plus forte taille.
—C'étaient des gnous! s'écria Swartboy.
—Oui, dit Von Bloom; la description que fait Jan ne peut s'appliquer qu'à eux.
En effet, Jan avait exactement esquissé les particularités caractéristiques du gnou (catoblepas gnus), le plus singulier peut-être de tous les ruminants; il a le museau du bœuf, l'encolure du cheval, le cou massif et courbé, la queue blanchâtre et terminée par un flocon de poils. L'enfant avait parfaitement saisi ces traits distinctifs. Gertrude elle-même n'avait pas commis une erreur impardonnable, car les vieux gnous, avec leur robe fauve et leur crinière flottante, ont avec le lion des points d'analogie frappante quand on les aperçoit de loin, et les plus fins chasseurs s'y trompent quelquefois.
Cependant les observations de Jan étaient plus conformes à la vérité que celles de Gertrude. S'il avait été plus près, il aurait remarqué en outre que les gnous avaient l'air farouche, des cornes pareilles à celles du bison d'Afrique, les jambes effilées du cerf et la croupe ronde du poney. Il aurait vu encore que les mâles étaient plus gros et d'un jaune plus foncé que les femelles, que les petits étaient de couleur claire et blanchâtre comme du lait.
Les gnous qui étaient venus boire au lac faisaient partie de ceux que les colons hollandais appellent wildebeest (bœufs sauvages), et les Hottentots gnous. Ce dernier nom leur vient de ce qu'ils poussent parfois un gémissement sourd, exactement représenté par le mot gnou-o-ou.
Ils errent en bandes nombreuses dans les solitudes de l'Afrique australe; il sont inoffensifs, à moins qu'ils ne soient blessés; car alors, surtout quand ils sont vieux, ils frappent le chasseur avec les cornes et les sabots.
Les gnous courent avec une rare vitesse, mais l'aspect d'un ennemi ne les fait pas fuir au loin; ils se tiennent en observation à quelque distance, caracolent, décrivent des cercles autour du chasseur, le menacent en baissant la tête vers le sol, et soulèvent avec leurs pieds des tourbillons de poussière. Le cri qu'ils font entendre tient à la fois du beuglement du taureau et du rugissement du lion.