Le premier figure avec honneur dans les muséums et les ménageries, tandis que personne ne se dispute la possession du second. D'où vient cette inégalité? Sans doute de ce que le cochon de terre est d'une colonie hollandaise que l'on a récemment calomniée. Je prétends faire cesser l'injustice dont le cochon de terre a été trop longtemps victime, et je soutiens qu'il n'a pas moins de droit que le tamanoir à être regardé comme le type des myrmécophages. Il faut voir comme il détruit des fourmilières, dont quelques-unes ont vingt pieds de haut; comme il allonge sa langue visqueuse pour la rentrer couverte de fourmis blanches. De même que le tamanoir, il engraisse et fournit une chair aussi salubre que délicate, quoiqu'elle sente légèrement l'acide formique. Ses jambons, convenablement préparés, sont supérieurs à ceux d'Espagne ou de Westphalie. Je vous conseille d'en essayer.

Swartboy, qui appréciait les qualités comestibles de cet étrange gibier, se mit à le dépecer avec empressement. Quoique commun dans l'Afrique australe, et même abondant dans certains districts, l'oryctérope est rare sur le marché. Il suffit pour le tuer de lui appliquer un coup sur le museau; mais il est difficile de le surprendre. Il est timide et prudent; ce n'est guère que la nuit qu'il sort de son terrier, et il fait si peu de bruit en marchant, il s'avance avec tant de précaution, qu'il est presque impossible de l'approcher. Il a les yeux d'une petitesse extrême, et sa vue n'est pas meilleure que celle de la plupart des animaux nocturnes; mais son odorat est d'une prodigieuse finesse, et ses longues oreilles saisissent les plus légers bruits.

Le cochon de terre n'est pas le seul myrmécophage de l'Afrique australe. Il a pour concurrent un quadrupède tout différent, le moris ou pangolin. Ce dernier est sans poils; mais son corps est couvert d'écailles imbriquées qu'il redresse à volonté. Il ressemble plutôt à un grand lézard ou à un petit crocodile qu'à un mammifère; mais ses habitudes sont exactement celles de l'oryctérope. Il se terre, ouvre pendant la nuit les fourmilières, darde sa langue au milieu des insectes et les dévore avidement.

Lorsqu'il est surpris loin de sa retraite souterraine, il se roule en boule comme le hérisson et quelques espèces de tatous de l'Amérique méridionale, auxquels il ressemble par sa cotte de mailles squammeuse.

Il y a plusieurs espèces de pangolins qui ne sont pas africaines: les unes se trouvent dans l'Asie méridionale, les autres dans les îles indiennes. Celle du sud de l'Afrique est connue des naturalistes sous le nom de pangolin à longue queue ou pangolin de Temminck.

Pendant que Swartboy, armé de son couteau, découpait avec soin l'oryctérope, Totty avait fait rôtir à la hâte une outarde. Il lui manquait peut-être un tour de broche; mais nos voyageurs étaient trop affamés pour être difficiles, et ils trouvèrent le dîner excellent.

Quand ils furent rassasiés, Hans commença l'histoire de sa journée.

CHAPITRE XXXII.

DÉSAGRÉMENT D'ÊTRE POURSUIVI PAR UN GNOU

«Il n'y avait pas une heure que vous étiez partis, quand un troupeau de gnous s'approcha du lac. Ils étaient venus sur une seule file; mais ils l'avaient rompue pour s'ébattre dans l'eau avant que j'eusse la moindre velléité de les inquiéter.