Le célèbre Campanile, comme il a été dit, le Dôme, le Baptistère, le Campo Santo, sont des monuments incomparables, et n'ont point de fracas autour d'eux; ils s'élèvent sur une belle et verte pelouse semée de marguerites et de fleurs agrestes: rien de touchant comme cette association d'édifices catholiques.

Toute la vie du Chrétien est là: le Campanile semble se pencher sur la cité, pour appeler le néophite; le Baptistère le reçoit pour le faire chrétien; l'église s'ouvre pour le sanctifier; le Campo Santo pour l'ensevelir. La cathédrale a deux rangs de colonnes antiques, au nombre de quatre-vingt-dix.

Près la tour inclinée, ou le Campanile, qui nous a paru être la solution de la solidité du plan incliné, est une église magnifique ainsi que le Baptistère remarquable par un écho; le Campo Santo est auprès de ce groupe étonnant; c'est un vaste cimetière enrichi de peintures à fresques, de statues et de tombeaux d'une belle architecture. Tous ces marbres, toute ces épitaphes; ce long cloître, ce silence, cette solitude, cette terre, ces grandes renommées, ces siècles, remplissent des plus touchantes émotions.

Les quais de Pise se dessinent avec pompe aux yeux du spectateur, surtout depuis la porte Della Piaggia à celle Del Mare: le palais et les belles maisons élevées sur ces quais, et les trois ponts qui ouvrent la communication des quartiers Sainte-Marie et Saint-Antoine, forment un coup d'oeil séduisant, varié par les barques de pêcheurs et les bateaux de transport se croisant continuellement sur la rivière, qui se jette à deux ou trois lieues dans la mer. Dans l'église San Pietro, bâtie sur les ruines de ce port (car la mer a encore ici reculé ses limites), nous avons vu une large pierre où Saint Pierre attacha l'ancre de sa barque, quand il visita Pise. Sur la place des Chevaliers, on voit la tour nommée Torre Della Fame, dans laquelle mourut de faim le comte Gobino. En entrant par la porte du Lucques, nous avons remarqué les ruines des bains de Néron, présentement occupées par des horticulteurs, et le canal de Livourne commencé par cet empereur.

Au carnaval de Toscane, on attache des morceaux de papier sur le dos des passants, on les accompagne en leur donnant un charivari, secouant autour d'eux des paquets de paille allumée: une quantité de masques à pieds, à cheval et en voitures parcourent la ville en tous sens: on nous a même assurés que les femmes se masquaient et se plaisaient, sous des déguisements, à intriguer les signori.

Les amateurs de musique font généralement plus d'usage des instruments à corde que de ceux à vent: ils parcourent les rues et y répandent la gaîté et l'harmonie. Revenant de voir la tour inclinée, nous entendîmes de doux accents; nous approchâmes, croyant voir une fête de musique; c'était une réunion d'industriels chantant en partie, tout en faisant leur ouvrage, suivant leur pratique journalière.

La route de Pise à Florence est belle; les grains y sont très-bien cultivés: nous côtoyons l'Arno et les Apennins jusqu'à Florence. À Pistoie, les femmes portent des toques de velours: les deux sexes labourent la terre, avec de moyennes pelles, dont les manches sont très-longs; les contadines sont laborieuses; elles font des paquets de bois et tressent la paille avec un talent particulier; l'habitude qu'elles ont d'avoir toujours la tête nue, leur occasionne de fréquentes ophtalmies et beaucoup de maladies d'yeux. Pistoie, petite ville de Toscane, s'honore de l'invention du pistolet. La maison de Michel-Ange Buonaroti est située rue des Gibelins.

La route continue d'être ravissante; on voit encore des liéges aux formes pittoresques, aux branches pendantes comme des saules. Nous voici au milieu des riantes collines et des frais bosquets de l'antique Ausonie. La nuit nous surprend, seuls avec le voiturin, près des montagnes, nous appréhendons les voleurs; enfin, vers onze heures du soir, nous entrons à Florence; moyennant deux paoli de bonne main, les douaniers nous laissent passer sans perquisition; on retient notre passeport, dont on nous donne quittance; le portier de notre hôtel le fait viser le lendemain aux consulats, suivant nos projets; tout cela à l'ordinaire avec beaucoup d'argent, car les consuls s'engraissent d'une rétribution sur le pauvre pélerin.

CHAPITRE VII.

De Florence, Sienne à Rome.