Nous fûmes ensuite explorer la place Saint-Pierre, formée de deux portiques dont la beauté surprend; ils sont soutenus par trois cent vingt colonnes qui forment trois allées de chaque côté, par le moyen desquelles on est à couvert jusque dans l'église: au-dessus de ces portiques sont de vastes galeries ornées de quatre-vingts statues: au milieu de la place, il y a un obélisque en granit apporté d'Égypte à Rome, et trouvé sous le cirque de Néron; cet obélisque, de figure quadrangulaire, finit en pointe, et au haut, il y a une croix de bronze doré renfermant un morceau de la vraie croix: cet obélisque est accompagné de deux belles fontaines qui jettent des gerbes d'eau.
L'église Saint-Pierre est d'une grandeur et d'une dimension si majestueuse, qu'on pourrait, par tous les endroits, la mettre au rang des merveilles du monde; elle ne saisit pas d'étonnement à la première vue; non fugitive comme les météores, étant un chef-d'oeuvre du génie, il faut l'examen, l'étude de ces nombreuses perfections, pour se livrer à une juste appréciation, pour s'abîmer dans toutes ces dépenses et ces épuisements de l'art, de la peinture, de l'architecture, du bon goût, des mosaïques, des fresques admirables. Constantin et Charlemagne, sur des coursiers gracieux et lyriques, signalent l'entrée de la superbe basilique. Toutes les richesses des idoles ont été splendidement métamorphosées par l'éclat ultramontain. Le Saint Pierre, en bronze, si en vénération, dont le pied est usé par la piété des fidèles qui lui donnent un baisser et qui reçoivent en échange le trésor de l'indulgence, était originairement Jupiter Olympien, que le zèle des Apôtres a ainsi transformé.
L'église Saint-Pierre est si grande, que généralement elle paraît déserte de population: dès l'entrée, vous apercevez deux Anges d'un aspect ordinaire, à mesure que vous en approchez, ils grossissent; à leurs pieds, ils sont d'une grandeur démesurée, et soutiennent de riches coquilles pour l'eau bénite.
Il n'y a point de sièges consacrés au repos des fidèles; on voit errer des curieux, des admirateurs de peinture, des pélerins et des bergers des Abruzzes et de la Calabre, qu'on rencontre coiffés du chapeau pointu qui penche sur une de leurs oreilles. Les épaules couvertes dû manteau brun descendant jusqu'aux genoux, les hanches entourées d'une peau de mouton garnie de sa fourrure, et chaussés; à l'antique, d'une sandale fixée avec goût par une bande qui entoure plusieurs fois la jambe et en fait ressortir la beauté.
Il faut aller tous les jours à Saint-Pierre, et le voir à toute heure, car tous les jours et à toutes les heures, il a des effets nouveaux et inattendus; la matinée appartient aux pompes de la messe, elle s'y célèbre avec un luxe qui sied à la magnificence du lieu; les robes rouges et blanches des officiants, la robe noire du chanoine, à longue queue traînante, est portée par les enfants de coeur, vrais pages de ces gentils hommes de l'Autel.
Le dôme de Saint-Pierre est un ouvrage qu'on ne cesse de regarder; la voûte est en mosaïque, soutenue par quatre gros piliers. Au bas de ces piliers, il y a quatre statues en marbre, plus grandes que nature, qui représentent Sainte Véronique, qui conserve la face de Notre-Seigneur empreinte sur son voile. Les autres statues sont: Sainte Hélène, Saint André et Saint Longin.
Les deux lions majestueux de Canova, comme des sentinelles vigilantes, gardent l'entrée du sépulcre de Clément XIII.
De quelque côté que l'on arrive à Rome, on voit toujours ce bel édifice; aussi, des galeries de son Dôme, on jouit d'une des plus belles vues de l'Italie. Les pénitents, occupés à casser des pierres près de l'escalier qui conduit au haut de l'église, sont, d'après ce qu'on nous en a dit, des gens qui, n'étant pas assez riches pour se marier dans des degrés de parenté défendus par les canons, gagnent des dispenses à la sueur de leur front.
Le grand Autel de Saint-Pierre est directement sous le Dôme; le devant regarde le fond de l'église, en sorte que le célébrant, ayant toujours le visage du côté du peuple, ne se retourne point suivant la liturgie.
Rien ne peut égaler la magnificence de cet Autel; il est tout de marbre, et quatre colonnes de bronze torse, ornées de festons composés de feuillage et d'abeilles, soutiennent un dais magnifique, tout en bronze, qu'on a ôté du Panthéon; quatre Anges posés sur le haut des colonnes, et d'autres moins grands qui ont l'air d'errer sur la corniche, donnent une majesté toute singulière à ce superbe Autel. Au pied de cet Autel sont deux escaliers en marbre qui conduisent au tombeau de Saint Pierre, où il fut, dit-on, enterré.