Le feu d'artifice du château Saint-Ange, qui a eu lieu le lundi de Pâques, est magique et d'une grande variété de couleurs; placé dans la plus belle position, des fusées par milliers se précipitent à la fois dans les airs, et retombent en étincelles brillantes et tonnantes. Les chandelles romaines s'élançaient éblouissantes, on eût dit des serpents de feu assiégeant les murs du mausolée d'Adrien; arrivées au Ciel, elles redescendaient en pluie d'étoiles; des fusées sifflant comme des flèches et les tournoyants soleils projetaient sur la place des reflets fantastiques. L'artifice imitait parfaitement les cascatelles de Tivoli et la vapeur brillante des eaux; on aurait cru encore apercevoir sur des nuages Jupiter lançant ses foudres. Les murailles se teignaient de lueurs rougeâtres, et l'ombre des assistants s'y dessinait sous toutes les formes. Des bouts de chandelle enfermés dans des cornets de papier de couleur rangés comme des pots de fleurs sur les galeries, nuançaient les ténèbres de toutes les teintes de l'arc-en-ciel. L'Ange du château dominait de sa masse noire et immobile ce tableau pyrotechnique. Les spectateurs étaient innombrables. Les voitures des seigneurs exposent la foule, le peuple se fait justice en cassant les vitres.

Les belles filles d'Albano, de Tivoli et de Frascati circulaient la veille sur les places et dans les rues, étalant au Soleil leur corsage d'or, leurs têtes chargées de grosses perles et de broches d'argent.

Nous avons visité Saint-Étienne, ou le temple d'Auguste; puis remarqué la trace des genoux de Saint Pierre, quand Simon le Magicien fut chassé du temple. À Saint-Jean-de-Latran, les colonnes de marbre sont en si grande quantité, qu'on en a recouvert plusieurs d'un manteau de plâtre pour faire des pilastres; elles étaient presque toutes du Capitole; quelques-unes portent encore la figure des oies qui ont sauvé le peuple romain; l'urne d'Agrippine renferme les cendres d'un pape.

Les faquins sont d'une paresse sans exemple; nous les avons vus mettre une couple d'heures à faire ce que nos ouvriers exécuteraient dans cinq minutes, et voilà ces anciens Romains qui foulent cependant avec orgueil le même sol sur lequel ont marché leurs ancêtres; ces athlètes, vigoureux maîtres du monde, qui, dans la ruine de leur gouvernement politique et de leurs idoles, ont perdu l'enthousiasme de la victoire, leur virilité, leur énergie guerrière. Nous les avons vus, toujours le manteau sur l'épaule, avec ces lambeaux d'habillements que ce peuple artiste drappe encore, jouer nonchalamment au petit palet. La politique des peuples est peut-être d'avoir de pareils voisins; ce sont des lions qui dorment, et qu'il ne faut pas réveiller.

Ce manteau, qui ne se dépose jamais, semble former à lui seul tout le vêtement; il cache des mystères qu'il serait imprudent de vouloir pénétrer, car le désordre et la saleté sont leurs statuts fondamentaux.

Les mendiants sont hideux et insupportables; on dirait qu'ils constituent un des pouvoirs de l'état: on ne peut se distraire de l'importunité de ces malheureux.

Près du Colisée, sont les temples de Romulus et de Rémus, et la statue colossale de Néron.

Les thermes de Titus sont posés sur l'ancien palais de Néron: au même endroit se trouve la chapelle de Sainte-Félicité et de ses enfants, modeste autel des premiers chrétiens au VIe Siècle. Les fresques sur les voûtes de Néron sont bien conservées; elles ont excité le génie de Raphaël. Les débris du théâtre Marcellus forment présentement des boutiques. Sur le trastevère est l'église Saint-Onolpho, où fut enterré Le Tasse: on y voit la pierre attachée au cou de Saint Calixte pour le noyer. Dans l'église de Sainte-Dorothée, une goutte du sang de cette Sainte est conservée, puis il y a une source intarissable d'huile sainte: auprès est une ancienne caserne française, et la salle de police des sous-officiers est dans un couvent de bénédictins. À peu de distance est le temple d'Esculape, proche l'île Tibérine, qui fut formée des gerbes de grains et des meubles que le peuple prit aux Tarquins, et qui furent jetés dans le Tibre. L'église de Saint-Barthélemi n'est pas loin: tous les ans, le jour de la fête du Saint Patron, on y affiche les noms de ceux qui n'ont pas fait leurs Pâques.

Le carnaval, à Rome, consiste dans d'éclatantes courses de chars et de chevaux, dans la rue du Corso, sous de nombreux travestissements. Pour accoutumer les chevaux à ce trajet, on leur donne l'avoine à l'extrémité où la course doit finir. Les masques jettent par poignées des dragées en plâtre, appelées Puzzolana; les rues en sont blanches et les voitures en sont accablées. Les trastaverines, les jambes nues, portent avec grâce des emphores sur la tête.

Dans la chiesa Minerva est un beau Christ de Michel-Ange: dans l'église du Capitole Aracheli repose le corps de Sainte Hélène; c'était jadis le temple de Jupiter Capitolin. Saint Bambino y a un autel et de nombreux ex-voto sont offerts par les malades, en mémoire de miracles. On va, en voiture et accompagné de deux prêtres, porter chez les malades Saint Bambino petit Enfant-Jésus difforme des premiers siècles. Dans le temple des Bramantes, se trouve l'emplacement où fut la croix de Saint Paul, martyrisé la tête en bas; les quatre évêques en plâtre sont de Michel-Ange.