À la porte de l'Arsenal, on aperçoit deux lions de grandeur colossale, transportés d'Athènes, une belle lionne, également en marbre, est auprès: l'Arsenal a trois mille pieds carrés, et possède l'armure d'Henri IV, don que ce prince avait fait à la république de Vénise.
Il existe aussi un dépôt de mendicité et un corps de pompiers. Un homme, dans la grande tour en face de l'horloge dont nous avons parlé, qui est couverte de marbre et qui marque les saisons et les signes du Zodiaque, est toujours de garde pour sonner le tocsin, au besoin et en cas d'incendie.
La révérence vénitienne est fort différente de la nôtre; quand ils abordent quelqu'un pour le saluer, ils se baissent lentement pour marquer plus de modestie et de respect, et restent longtemps dans cette posture, faisant mille protestations de service et de dévoûment.
Le long du canal de la Giudecca, on voit deux colonnes en marbre apportées de Constantinople.
Sur la Place de l'Hôpital, est une statue colossale, en bronze, du général de la république, Bartolemeo Colcona, monté sur un beau cheval du même métal.
Partout des citernes reçoivent de l'eau de pluie pour boire et pour laver.
Nous avons visité une seconde fois l'église de Saint-Jean et de Saint-Paul; on y voit un beau tableau du Tintoret, représentant trois sénateurs qui implorent la Vierge, contre la peste: dans une chapelle contiguë est une sculpture en marbre magnifique, de Psonari, dont le sujet est la Nativité. L'église des Jésuites possède une chaire toute en marbre ainsi que les rideaux, si bien imités, qu'on croit que ce sont des draperies; le beau tableau de l'Assomption est du Tintoret, et l'autel entier est en lapis lazuli.
L'église du Cimetière et les tombeaux méritent aussi d'être explorés.
Dans l'ancienne Vénise, on remarque l'église de Saint-Pierre; c'est de ce côté, appelé le bourg de Maran, que l'on fait les glaces, les perles; que l'on mange les meilleures huîtres: on compte six fabriques de perles, dirigées par un Français; il faut le dire, notre industrie pénètre partout. On voit encore dans cette localité l'église Santa-Maria-Formosa. Il y a aujourd'hui trente églises de la plus grande beauté, dignes de fixer l'attention des peintres et des artistes, d'un genre qui inspire plus de piété qu'à Rome.
C'est surtout à Vénise que nous avons vu réunie, dans les édifices sacrés, la multitude en une seule famille; les grands et le peuple, le maître et le serviteur, aux pieds des mêmes autels, apprennent qu'ils sont égaux par la nature, enfants du même père, soumis aux mêmes lois; qu'une même destinée les attend, et que les rangs se confondent dans le sentiment d'une vraie piété, d'une bienveillance universelle. Dans les temples, dit Bernardin-de-Saint-Pierre, la religion abaisse la tête des grands, en leur montrant la vanité de leur puissance, et elle relève celle des infortunés, en leur présentant un avenir immortel.