Le lac Léman ou de Genève qui a neuf cent cinquante pieds de profondeur près de Vevay, n'en a que quarante aux environs de Genève. Sur le lac, on voit des oiseaux aquatiques de toutes les couleurs et de toutes les contrées, tels que l'hirondelle de la mer Caspienne, le plongeon du Nord, le crabier de Mahon, la sarcelle d'Égypte, le héron pourpre, la cigogne, le courlivert, la mésange bleue et une foule d'autres espèces non moins intéressantes pour l'ornithologe.

Un des points de vue les plus imposants, quand on navigue sur ce fleuve, est le Mont-Blanc, éblouissant de l'éclat de ses neiges éternellement entassées; sa tête s'enfonce dans les cieux; les monts qui le ceignent, semblent n'exister que sous sa protection. Le Mont-Blanc est le roi des montagnes; c'est sur lui que l'hiver a placé son trône et ses frimas; près de lui, les autres sommités ressemblent à un ciron devant une baleine: ces cimes argentées, éclairées par les rayons du soleil, avaient l'apparence d'une illumination.

Les hautes montagnes couvertes de neige rendent l'air de ces lieux généralement froid et très-varié. Les vautours font leurs nids sur la crête de ces roches noires. Prenant un vol pesant, semblables à un nuage, ils s'abattent sur la terre, pour y chercher leur proie. Quoique nous n'ayons rien vu de comparable aux aspects et au territoire de la Pouille, la Suisse ne laisse pas que de présenter beaucoup de charmes, ne fût-ce que par rapport à ses excellents habitants, dont le caractère et les moeurs sont si aimables; leur gouvernement républicain si clément et si sage; la douce liberté qui y règne, et qui réprime si bien la licence. La Suisse ne peut pas laisser exercer la liberté de la presse; les gouvernements qui l'entourent s'y opposent ainsi qu'aux progrès de la pensée.

Les terres ne sont point assujéties au système cadastral de l'impôt, et, malgré cela, l'arbitraire et les vexations territoriales y sont inconnus; le gouvernement, avec un budget peu considérable, ne laisse pas que d'avoir de la majesté et de la grandeur. Plusieurs cantons suisses parlent le français, les autres l'allemand et l'italien: la religion catholique est professée dans deux ou trois cantons, les autres sont protestants et les catholiques ne peuvent se livrer aux pompes extérieures, pas même sonner les cloches.

En vrais républicains, préférant le bien public à leurs avantages personnels, ils aiment la justice par-dessus toutes choses, et ils professent la tolérance pour les dissidents et pour les opinions divergentes; mais ils prescrivent des limites au libre exercice des cultes, et n'en permettent la pratique que dans l'intérieur des temples.

En général, les Suisses sont de taille moyenne, pleins de vigueur et de vie: les femmes sont fraîches, fécondes et gracieuses; elles ont un beau teint, les cheveux blonds; elles sont grandes, et portent de petites coiffes sur leurs tresses relevées par des aigrettes d'or et d'argent.

CHAPITRE XV.

De Genève, Lyon, à Paris.

La position de Genève, près le lac, est admirable; la ville, en revenant des belles cités d'Italie, n'a pas le grandiose que nous attendions; les maisons sont hautes; elles sont bâties sans régularité, environnées de collines, de coteaux pittoresques que la nature semble avoir jetés au gré de son caprice; Genève est dans une plaine comprise entre le Jura et les Montagnes de Savoie. La plus grande partie de la ville est située au lieu où le Rhône, s'échappant du lac, coule avec véhémence dans un double canal ses eaux limpides et bleuâtres: on a construit sur le Rhône une machine hydraulique qui porte les eaux dans la ville: la campagne est couverte de maisons de plaisance.

Il y a de belles promenades à Genève: celle de la Treille est charmante, et a une vue magnifique. Sa population est de trente mille âmes; c'est une des plus considérables de la Suisse. Les Genevois ont le caractère humain et affable; comme l'éducation est à bon marché, ils sont très-instruits; en général, en Suisse, l'éducation est uniforme; celles des parents, des maîtres, du monde, sont en parfaite harmonie; par cette méthode, on fait des hommes qui ne portent point la livrée de la frivolité: ainsi, chez les anciens, Épaminondas, la dernière année de sa vie, faisait la même chose que dans l'âge où il avait commencé d'être instruit.