LES CASSEURS DE BOIS

I
LE CHOIX D'UN MARI

Popette se planta devant moi et, décisive:

—Cher ami, je veux épouser un aviateur.

C'était au premier soir de la Quinzaine d'Anjou, qui s'ouvrait dans la douceur de l'automne. L'essor simultané d'une douzaine d'aéroplanes sur un couchant de nacre avait transporté la foule. Les cris et l'enthousiasme montaient jusqu'aux grands oiseaux de toile. On communiait dans la stupeur et le charme. Il semblait advenir à tous un même grand bonheur. Une flamme aux joues, une larme aux yeux, Popette répétait d'une voix ardente et rapide:

—Je veux épouser un aviateur.

Un vague cousinage et une vraie sympathie m'unissent à Popette. Elle a vingt-quatre ans. Son père, un céramiste de valeur mort prématurément, a laissé aux siens une solide aisance. Grandie en plein milieu artiste, Popette mène une libre existence. Tantôt on la rencontre suivie de loin par une maman spirituelle et débonnaire qui s'essouffle, lève des bras courts, soupire: «Oh! cette enfant!» et s'assoit. Tantôt elle est chaperonnée par son jeune frère Loulou, dont les douze ans se dépensent en galopades de poulain échappé.

Saine et pure, Popette a toutes les audaces de l'ignorance. Ses dehors délurés enveloppent une petite âme de romance. Elle s'exprime avec une volubilité dont elle cherche vainement à se guérir. Elle a bien essayé de sucer des cailloux. Mais elle les avale.

Sa beauté gamine a la frappe nette d'une monnaie neuve. Popette est de petite taille et s'en félicite:

—Une petite femme, dit-elle, ça doit être plus facile à prendre dans ses bras qu'une grande.