—C'est sérieux, que vous voulez devenir un honnête homme?

—Ah! mon fistaud, vrai comme je te parle.

—Eh bien, soit. Vous allez garder l'appareil jusqu'à ce que je revienne. Je vous le confie. Vous n'en laisserez approcher personne, absolument personne...

Le braconnier, ardent et joyeux, étendit la main:

—Ah! pour ça, tu peux être tranquille. Le premier qui s'amène, je le casse.

Chatel ne put s'empêcher de sourire:

—Je n'en demande pas tant. Il vous suffira de l'éloigner. Alors, c'est entendu: je peux compter sur vous? Vous ne vous endormirez pas?

—Moi? Dormir la nuit! Tu ne me connais pas. C'est le jour que je rouffionne!

Le lendemain, dans la matinée, Chatel retrouva le braconnier à son poste. Quelques paysans regardaient l'appareil, mais à longue portée. Le gardien les éloignait, d'un poing formidable. Épanoui, il rendit compte de sa mission: tout s'était bien passé. Mais quand Chatel, la main au gousset, voulut lui régler son salaire, il s'assombrit soudain. Et, abandonnant son tutoiement, pour la première fois, tant il était indigné: