—Hein? Ça lui en a rodé un clapet, déclara le pilote satisfait.

Au côté de son compagnon, il traversait une immense cour pavée, chauffée à blanc par le soleil de midi.

—Dis donc, mon vieux, demanda Cagnard, est-ce qu'il fait aussi chaud que ça tous les jours, dans ton patelin?

Mais le soldat ne pipait pas. Il ne comprenait même pas le français. Paysan, va!

Au faîte d'un perron, un deuxième pipelet, plus chamarré encore que le premier, accueillit l'aviateur. Il portait une chaîne d'or au cou et un sabre au flanc. Drôle d'idée de traîner un bancal pour tirer le cordon. L'homme à la chaîne lut encore le carton puis, d'un geste noble, indiqua un escalier, si large qu'on aurait pu le monter en biplan. Trois grands coups de timbre tombèrent dans le silence.

—Chouette, on annonce bibi, murmura Cagnard.

Il grimpa. Un tapis doux comme de la mousse couvrait les marches de marbre. Partout des plantes et des statues. Au palier, un troisième larbin, en gants blancs et culotte courte, salua d'un petit signe protecteur.

«Celui-là est à la coule», pensa-t-il.

Il le suivit. Ils traversèrent une antichambre blanche, toute en glaces, comme un café; puis un billard, d'un sérieux et d'un cossu de cathédrale. Enfin, ils s'arrêtèrent dans un salon. Mais quel salon! Même au musée, même au théâtre, on ne voyait pas si beau. Cagnard fit entendre un claquement de langue admiratif. Il voulut féliciter le larbin du goût de son patron. Mais la culotte courte avait disparu.