Dans l'aube indécise, à la lisière de la forêt où il s'était posé la veille au soir, le monstre de toile apparut. L'aviateur et son mécanicien dormaient à l'abri de ses ailes.
Alors, dans le monde des oiseaux et des insectes, où l'on se lève avec le jour, ce fut bien vite un ramage, un bourdonnement inusités. Ce géant les intriguait et les inquiétait. Était-il mort, ou simplement endormi? La curiosité, la peur, hantaient les cervelles. On s'interpellait, on s'interrogeait. De tous les points de l'horizon, franchissant les monts et les bois, la gent ailée se concentrait autour du biplan. Un congrès s'institua dans l'aurore.
Un moineau couleur de poussière, qui avait roulé sa boule à travers le monde, et qui avait assisté aux premières envolées d'Issy-les-Moulineaux, donna la clef du mystère. On avait sous les yeux une sorte d'oiseau construit et monté par les hommes.
Une clameur énorme s'éleva. Par les hommes! Quoi, les hommes quittaient vraiment la terre, leur domaine? Ils osaient se lancer, d'un essor définitif, à la conquête des airs?
Les avis s'entre-croisaient, dans un tumulte assourdissant.
Une alouette, que grisait déjà la rosée du matin, s'écria d'une voix éperdue:
—Ce n'était pas assez de nous fusiller! Ils nous envahissent!
Et, aussitôt, on sortit tous les vieux griefs accumulés contre la race détestée. Une autruche, accourue du désert, érigea son col nu et congestionné:
—Ils nous arrachent nos plumes pour les mettre aux chapeaux de leurs femmes!
Une fauvette se lamenta: