Les insectes, en essaims pressés, animaient les airs de leur fureur sonore. Les mouches clamaient qu'on les empoisonnait, qu'on les embouteillait, que les hommes leur faisaient expier par mille morts le crime de vivre. Les hannetons racontaient les tortures que leur faisaient subir les écoliers... Les moustiques, altérés de sang, criaient que l'heure de la revanche était venue.

Aveuglés de rage, tous chargeaient les hommes des travers et des vices dont ils étaient eux-mêmes le symbole. La pie les traitait de voleurs, la linotte d'écervelés, le coucou de paillards...

Soudain, tout se tut. L'aigle planait sur l'assemblée. Ses vastes ailes répandaient de l'ombre. On eût dit que la nuit revenait, qu'il avait, sous son fixe regard, contraint le soleil levant à rentrer sous l'horizon. Il parla:

—Oui, vous avez raison. L'homme est coupable de tous les forfaits que vous rappelez. Et celui dont il nous menace les dépasse tous. Il ne faut pas qu'il l'accomplisse. L'espace est à nous. Je ne veux pas que ces machines humaines viennent nous briser de leur masse ou dans leurs remous. Je ne veux pas qu'elles violent le ciel, notre ciel. Sauvons l'empire des ailes. Unissons-nous contre l'envahisseur. Mettons en œuvre contre lui tous les moyens de défense dont nous arma la nature. Que tous les becs, que toutes les griffes, lacèrent les étoffes et crèvent les yeux. Que tous les dards plongent, que tous les venins empoisonnent. En avant!

Il dit et, suivi de la horde innombrable, fond vers la terre. Mais tout à coup, de furieuses détonations éclatent et crépitent, ininterrompues. L'air tremble comme un drapeau dans le vent. Le moteur est en marche! Et c'est aussitôt, dans le ciel, une soudaine déroute, la panique des ailes, un gigantesque bouquet d'oiseaux qui fuse et s'éparpille, tandis que, majestueux, l'aéroplane s'enlève, auréolé par le soleil... [246]

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LE CHAMP D'ESSOR