Tous ces reproches doivent se retourner contre ceux qui élaborent les programmes scolaires. Pourquoi en écartent-ils ces applications qui en apparaissent le couronnement logique ? Pourquoi cette cassure entre l’enseignement et la vie ? Il suffirait de jeter du lest par ailleurs, d’éliminer de vaines connaissances dont notre mémoire fait justice.

Pour en finir avec ces lacunes des programmes officiels, notons encore qu’on n’apprend pas l’ethnographie. Elle nous enseigne pourtant ce merveilleux échange d’effluves entre le ciel et la terre, qui crée les races, les faunes, les flores. Elle devrait être la préface souriante de la géographie.

On ne donne point aux enfants, parmi les connaissances à la base, quelques notions d’architecture. Elles leur permettraient cependant de comprendre et de goûter ces sages leçons d’équilibre et d’harmonie qui sont inscrites dans les lignes d’un beau monument. Elles leur permettraient aussi de discerner le style d’un édifice ancien, de donner un âge à ces témoins émouvants du passé, qui nous entourent et que pourtant nous ne savons pas voir.

Enfin, on n’apprend guère d’astronomie, dans les notions générales. Et cependant ce devrait être une connaissance à la base.

Elle est, de toutes les sciences, la plus étroitement mêlée à notre existence. C’est elle qui règle le pendule et le calendrier. C’est elle qui fait le jour et la nuit, la pluie et le beau temps, elle qui entraîne autour de la terre la ronde des saisons. Les spectacles astronomiques nous entourent : le rayon de soleil qui nous verse la vie, le clair de lune qui nous verse la paix, les constellations qui sont la parure de la nuit, tous les phénomènes qui frappent l’imagination, éclipses, étoiles filantes, comètes.

Et cependant les notions acquises sur l’univers sont peu répandues. Elles ne sont pas descendues dans les couches profondes. Elles ne nous sont pas familières.

Il y a sans doute dans cette ignorance l’effet d’un instinct religieux. L’astronomie ne représente pas le ciel tel que le catholicisme l’avait organisé.

De plus, l’astronomie ouvre à l’esprit des vues dangereuses pour l’ordre établi. Elle nous ramène à notre taille, qui est petite. Elle nous montre combien sont mesquines nos luttes, combien sont brefs les empires, devant l’infini de l’espace et du temps. Et c’est là le péril. Car, prêtres et chefs d’État, pour garder leur pouvoir et mener les foules, ont besoin d’entretenir un fanatisme, haine des peuples et crainte de Dieu, que dissiperait, si nous réfléchissions, le clair regard d’une étoile.

TABLE DES MATIÈRES

Préambule. — Le But et le Plan

[1]

PREMIÈRE PARTIE
OPINIONS

Chapitre Ier. — Le Bonheur

[5]

Chapitre II. — Le Temps

[17]

La Foi dans l’Avenir. — La Connaissance de l’Avenir. — LePrésent vaut le Passé. — L’Héritage duPassé.
Chapitre III. — La Vie

[43]

La Vie en souplesse. — La Vie est complexe. — LaVie est précaire. — L’Inutile Tristesse. — L’Harmoniedans la Vie. — Le Plan du Réel.
Chapitre IV. — Vues Morales

[67]

Les Mains propres. — Le Déterminisme. — La Loid’Équilibre. — Le Contrôle. — La Bravoure. — LaMort. — La Religion.
Chapitre V. — Vues Sociales

[99]

Altruisme. — Solidarité. — Quelques iniquités. — L’idéede Patrie.

DEUXIÈME PARTIE
ADAPTATIONS

Chapitre Ier. — De l’Éducation : Principes et moyensd’action

[131]

Chapitre II. — De l’Éducation : Quelques aspects

[161]

L’Argent. — Le Ménage. — De la Parure. — De laDiscussion. — Éducation sexuelle. — Mariage,amour, famille.
Chapitre III. — De l’Instruction : Principes et moyensd’action

[199]

Le Lycée. — Le Foyer. — La « Valise ». — Commentapprendre. — Le Choix d’un métier.
Chapitre IV. — De l’Instruction : Quelques lacunes

[233]

Les Langages secrets. — La Constitution. — Soi-même. — « Self-defence ». — Planterun clou. — Les « applications ».