Je suis persuadé que la plupart des enfants pourraient s’instruire avec le seul concours des livres — surtout si ces livres étaient conçus dans ce dessein. Malheureusement ces précis sont rares.

C’est une étrange illusion de la part des parents — d’autant plus inexplicable que les pères ont passé par le lycée et savent ce qu’il en est — que cette foi dans le pouvoir de la classe et de l’étude. Le professeur parle pour trente élèves. Il ne peut pas s’occuper de chacun d’eux. Écoute qui veut, comprend qui peut.

Mais, dira-t-on, l’élève de lycée est obligé de prendre des notes, de faire des devoirs, d’apprendre des leçons. Tandis qu’un enfant n’aura jamais la sagesse et la raison d’étudier seul dans les livres.

Double erreur. Nous savons bien que presque tout s’oublie, de ce qui fut appris sous le fouet de l’amour-propre ou la crainte de la punition. Et j’affirme aussi qu’un enfant s’instruira par le livre, le jour où, son goût se dessinant, il trouvera dans ses lectures des connaissances qui l’intéresseront, qu’il saura nécessaires à son futur métier. C’est une question de moment.


Pour les parents qui ne voudraient pas tirer leur science de leur propre fonds, les cours par correspondance seront un guide excellent. Certains manuels d’instruction au logis sont déjà conçus dans un esprit lucide et pratique.

Et, je le répète, je crois beaucoup à l’enseignement par le livre, pour celui qui s’intéresse à ce qu’il apprend. On peut approfondir, creuser un sujet, revenir en arrière, méditer, mûrir. On n’est pas talonné. Tandis qu’un professeur qui parle à trente élèves ne peut pas s’occuper de chacun d’eux. Il va, il va. Il sème. Tant pis si sa parole ne germe pas.

La Valise.

A quoi bon apprendre par cœur les propriétés théoriques du sulfure de baryum ? Qui se rappelle tout ce fatras ?

Il ne faut charger sa mémoire que d’un minimum nécessaire. D’une part, ce qu’il faut savoir dans la vie de relation, pour ne pas paraître ignorant, pour ne pas se nuire par le monde. D’autre part, les connaissances générales qui nous permettront de comprendre une science lorsque nous voudrons ensuite l’approfondir, par goût ou par nécessité.