—Mais oui, je trouve, affirma crânement Mme Savourette.

Et elle eut ce beau regard, pétillant et mouillé tout ensemble, que les femmes heureuses par l’amour jettent sur leur passé.

Une nausée aux lèvres, Mme Chazelles avoua avec nonchalance:

—Moi pas. Ça me dégoûte. Je trouve ça embêtant comme la pluie. Chaque fois, faut se lever, faut courir ... J’avais toujours envie de lui demander, quand ça le prenait: «Pourquoi faire?»

Mme Savourette la considérait avec stupeur et compassion. Elle jugeait naïvement les autres d’après elle-même. Et cette pauvre petite Mme Chazelles lui apparaissait une créature disgraciée, une infirme.

Cependant, des éclats de voix partaient du salon, des «bonjour ...» aigus et flûtés, des excuses volubiles sur la tardive visite, des «Oh! Ah! Oh!» d’admiration sur ce délicieux hôtel qu’on ne connaissait pas encore. Et d’une folle allure d’hirondelle entrée dans une chambre, une dame blonde, vive, chatoyante, fit le tour de la pièce, lorgna les meubles, les tableaux, la serre, but une gorgée de thé, becqueta un gâteau, serra des mains et s’en fut ...

C’était Mme Evenon. Son mari, l’homme le plus affairé de Paris, présidait dix conseils d’administration par jour. Il déjeunait dans sa voiture, dînait en s’habillant et dormait au théâtre. Il gagnait effroyablement d’argent, mais il ne trouvait pas le temps de le dépenser.

Amusée et surprise de cette visite d’oiseau, Lucette s’attardait au seuil du salon. Le soir tombait. Le couchant colorait les vitrages. Maman et la pauvre petite Mme Chazelles ne formaient plus qu’un groupe indécis sous les palmiers qui découpaient sur le ciel délicat leurs silhouettes fines et noires.

—Vous savez ce que Mme Evenon est venue chercher ici? demanda Turquois.

—Non.