Zonzon—un diminutif de Suzon—se penchait à la porte entr’ouverte. En longue chemise, la gorge épanouie crevant la dentelle, la face brillante parmi ses cheveux qui la coiffaient d’un gros bonnet de fourrure châtain, les pieds nus dans des sandales rouges, la jeune femme courut au lit de sa sœur.
Elle était royale et claire, la chambre de Lucette. Royale par ses dimensions, par ses lignes, par le style de ses meubles et de ses panneaux, d’un Louis XVI fleuri, laqué blanc. Claire de toutes ces neigeuses sculptures, des miroirs à biseaux, des tentures délicates et tendres, des bibelots de Saxe et d’argent, toute une fraîcheur scintillante qu’exagérait encore la folle lumière du matin de juin. Lucette, qui s’apercevait dans les glaces, semblait perdue, parmi ses cheveux noirs répandus sur l’oreiller, dans le vaste lit de milieu exhaussé de deux marches, à la façon d’un trône.
Quand les deux sœurs se furent câlinement embrassées.
—J’ouvre une fenêtre, n’est-ce pas? dit Zonzon.
Et, sans plus attendre, elle se dirigea, dans son léger costume, vers l’une des deux croisées. Craintive, un peu choquée, Lucette reprocha:
—Oh!... Si on te voyait ...
Zonzon répliqua, en ouvrant tout grand:
—Eh bien, «on» ne s’embêterait pas.
Puis, accoudée à la barre: