Puis, certaine de l’avoir arrêté, elle balbutia un bref au revoir et raccrocha les récepteurs. Mais elle n’osait pas regarder sa sœur et s’attardait à sonner la fin de la communication.

Alors, très simplement:

—Qui est-ce? demanda Zonzon.

Il fallait répondre. Elle n’eut pas le temps d’inventer.

—Lucien Chazelles.

Et, en prononçant ce nom, elle se sentit rougir, rougir, envahie d’une onde de sang qui lui brûlait les pommettes, le tour des yeux, le front, une poussée d’autant plus violente qu’elle s’efforçait plus d’en refréner l’élan. Et, à travers cette brume rouge où elle aurait voulu disparaître, s’anéantir, elle entendit encore la voix maintenant soupçonneuse:

—Et il voulait venir te voir ici, te croyant seule?

Mais avant d’avoir pu trouver une réponse, elle se sentit happée par deux bras impérieux et tendres, pressée, blottie contre une chaude poitrine. Et la voix de Zonzon, ferme et douce comme l’étreinte:

—Alors, c’est ton amant?... Allons, ne te cabre pas. Ah! Ce n’est pas le moment de se dérober, de jouer à cache-cache. Nous n’avons pas le temps aujourd’hui. Finies, ces manières-là. Il y va peut-être de ton sort, mon pauvre petit, de celui de ton mari, de ton enfant ... Je peux t’aider à voir en toi, à découvrir le mal, à le guérir. Tu n’as pas le droit de te taire. Parle, ma chérie, parle tout de suite.