—Oh! Zonzon ... soupira Lucette.
Mais déjà la jeune femme poursuivait:
—Enfin, je me décolle les doigts, je me sauve, je touche chez moi, j’arrive à la gare, j’avale un sandwich, un bock, je saute dans le train, je trouve l’auto à Sens, et me voilà ...
Le torse cambré, les bras étendus en croix, la tête en arrière et la face heureuse, elle s’étira:
—Ah! C’est amusant, la vie pleine, la vie bien tassée, où l’on empile tant qu’on peut de l’utile et de l’agréable.
Puis, se rapprochant, les mains enlacées à celles de Lucette:
—Mais toi, toi ... C’est à toi de raconter. Depuis quinze jours ... Cette nuit, tu dormais si bien. Je n’ai pas voulu te réveiller. Et tes petits bouts de lettres, tes petits coups de téléphone ne m’ont pas appris grand’chose. Je trouve même qu’elles devenaient de plus en plus courtes, tes communications. Pas d’anicroche? Tu ne me caches rien?
Lucette s’était à demi soulevée, un coude dans l’oreiller. Et posant une main sur le bras de sa sœur, elle dit, résolue:
—Si, Zonzon. Je t’attendais. Moi aussi, j’ai voulu te laisser dormir. Mais j’ai un service à te demander. Tu pars toujours ce soir?
—Faut bien.