Pendant qu'on admirerait, il s'éclipserait. Mais Trutat, qui conduisait, déclara dans son cache-poussière que les jours d'octobre étaient courts et qu'il détestait rouler la nuit.

Luce se laissa choir, retomba assis. Il s'abandonnait au courant, comme un noyé. Il n'attendait plus le salut que du hasard. Il n'y aurait donc jamais de panne! Ah! la musique délicieuse du moteur qui hoquette, faute d'essence!... Ah! le joyeux coup de fusil de l'éclatement!... Ah! le gai sifflement de la crevaison!... Non, rien. On marchait, on marchait.

A un croisement, il eut un sursaut. Si l'on pouvait se tromper de route? Tout de suite:

—Hé! hé! êtes-vous bien sûrs d'être dans le droit chemin? Si vous voulez, je vais aller lire la plaque, me renseigner...

C'était bien le diable s'il ne trouvait pas une haie? Mais Trutat affirma qu'un détour lui ferait perdre moins de temps qu'un arrêt.

Alors, Luce abandonna toute espérance. Sa méditation devint plus amère, l'obsession plus pressante. Il écarta de sa mémoire l'image des lieux où son envie eût pu se satisfaire, depuis l'accueillant édicule des boulevards jusqu'à l'étincelante retraite, porcelaine et acajou, des palace-hôtels.

On roulait, on roulait. A l'approche du soir, la voiturée tout entière se taisait, recueillie, les yeux à l'horizon embrasé en feu de forge. Chacun semblait rêver. Il n'y avait plus de raison pour s'arrêter. Luce, au supplice, souhaitait maintenant la catastrophe.

Et, pourtant, on s'arrêta, pour allumer les phares... Ah! ce ne fut pas long, je vous prie de le croire... Luce connut un de ces instants de suprême béatitude où l'on croit à la Providence.