Six mois plus tard, Laura de Pelz, en route pour Biarritz, traversait la Beauce, quand un cri terrible partit derrière elle... Une auto, qu'elle venait de croiser, avait fait panache et gisait dans le fossé. La jeune femme courut au secours. Le mécanicien, sain et sauf, mais la voix et le geste affolés, s'agenouillait près de son patron étendu sur l'herbe. C'était un homme jeune, blond, tête nue, la barbe en pointe, enveloppé dans un cache-poussière noir. On ne lui voyait aucune blessure, mais il avait l'apparence de la mort. Cependant, son cœur battait encore.

Tout en s'efforçant de le ranimer, Laura de Pelz s'informait. Que s'était-il passé? Mais le mécanicien était encore hébété par le choc. Il ne savait pas. Monsieur conduisait. Lui regardait ailleurs à ce moment-là. Tout d'un coup, il avait senti la voiture embarder. Et comme on marchait à 70...

La jeune femme s'offrit à transporter la victime jusqu'à la ville prochaine, bien que son auto n'eût que deux baquets. Heureusement, une limousine stoppa, dont les passagers consentirent à prendre le blessé. Et comme il n'avait pas encore repris conscience quand la voiture s'éloigna, il emporta son secret avec lui. Laura de Pelz, bouleversée, quitta la place sans connaître la cause de l'accident.

Or, l'année suivante, entre Auxerre et Avallon, la catastrophe se renouvela, identique: l'auto qu'on croise et qui, vingt pas plus loin, fait panache. Elle était montée par son seul conducteur. Celui-là n'avait même pas crié, tant la culbute fut brusque. Mais, depuis l'aventure en Beauce, le mécanicien de la jeune femme tournait d'instinct la tête à chaque auto. Et il n'avait dû qu'à cette circonstance de découvrir l'accident.

Cette fois, l'homme s'était traîné, puis assis sur le revers du fossé. Il portait les deux mains à son front. Du sang collait ses cheveux et ruisselait entre ses doigts. Se roidissant contre l'horreur, Laura de Pelz donnait des ordres, prodiguait ses soins. Quelle fatalité pesait donc sur elle, la mêlait, deux fois en moins d'un an, à deux catastrophes presque identiques?...

Cependant le blessé respirait à profondes haleines, s'efforçait de reprendre vie. Il était svelte et fin, vêtu avec recherche. Sa moustache et ses cheveux grisonnaient. Il remerciait et s'excusait tout ensemble, en mots encore vagues et confus, comme ceux qu'on prononce en rêve. Laura, obscurément anxieuse, se pencha sur lui:

—Comment est-ce arrivé?

Alors un sourire passa sur les lèvres exsangues du blessé. Et il balbutia, avec une galante audace: