Le mécanicien est furieux aussi. Accroupi devant sa roue:
—Encore une chambre réparée. Quand je disais que ça ne tenait pas... Saleté de fourbi, va!
Quant à Madame, elle est ravie. Ces arrêts forcés l'enchantent. Parbleu! Et, ingénue, coulant sous ses cils baissés un regard vers le bois qui borde la route:
—Tiens, ce sont des sapins, cette fois...
L'allusion est transparente. O terrible candeur! Elle ne sait pas qu'il est des limites aux forces humaines, et qu'au moins un temps moral est nécessaire à les récupérer. Comme c'est court, quinze kilomètres en auto. Redoutable ignorance! Elle croit qu'on peut s'égarer en forêt chaque fois qu'un pneu éclate, aussi aisément que le mécanicien regonfle une chambre neuve. Que diable, si l'on crevait six fois! Enfin, il s'agit de faire galante mine.
Ce sont des sapins, en effet. Des sapins toujours verts. Heureux arbres... Et, sur le sol, les aiguilles sèches ont tissé une natte épaisse et douce où, dès les premiers pas, le pied glisse...
Quand Madame saute sur la route, devançant Monsieur de quelques pas, le mécanicien, assis au volant, la casquette sur le nez, la cigarette sous la moustache, lit tranquillement son journal. Il attend. Parbleu! Ce n'est pas héroïque, de donner trois cents coups de pompe dans un pneu... Il y a plus difficile...
Et tandis que Madame escalade le marchepied, Monsieur s'approche du mécanicien et, d'une voix faussement détachée:
—Dites moi, nous avons bien partout des chambres neuves, maintenant?