Et le voyage continua.
LE CHAUFFEUR EST GARANTI
L'agence Collinot—la Motor-Agence—impressionna Mme Beaurain. Ce magasin encombré de grosses voitures miroitantes, ces commis aux façons d'attachés d'ambassade, la belle assurance et la gauloise moustache de Collinot lui-même, tout intimidait l'excellente femme.
Son mari s'était enrichi dans la nouveauté. Selon l'usage, elle lui avait survécu. Elle menait une existence large, douillette pour elle et bienfaisante aux autres. Maintenant que l'automobile avait fait ses preuves et paraissait au point, Mme Beaurain se décidait à en tâter.
Elle expliqua ses désirs. Une bonne petite voiture pour la ville et la campagne, le chaud et le froid, la pluie et le beau temps, une voiture facile et douce, sans emballement ni caprice, une voiture pour dame âgée. Sans doute la maison, pourrait aussi lui fournir un mécanicien?
Collinot l'écoutait, les mains aux hanches et les jambes écartées. Il déclara, péremptoire:
—J'ai votre affaire.
Il avait toujours l'affaire de ses clients. De quelque marque, de quelque forme que vous exigiez une voiture, il a toujours votre affaire. Et vous lui demanderiez une maison, un dirigeable, un dromadaire, qu'il aurait encore votre affaire.
Et le joli, c'est qu'il a réellement votre affaire. Apre et dur comme une lime, mais droit comme elle, cet homme est incapable d'une fourberie. Vendant cher, il se paye le luxe d'être honnête. Et Mme Beaurain n'ignorait pas sa réputation de probité et d'avarice rigoureuses, sa façon de tenir haut sa tête et ses prix.