—Où donc?
—Là, devant nous. A cheval. Ils vont dans le même sens que nous.
Une indicible angoisse envahit Dinval. Son mécanicien devenait fou! Ils étaient, lui et les siens, à la merci de cet homme... Et il se savait incapable d'arrêter lui-même la voiture. Que faire?...
Edmond se portait sur sa gauche, puis se redressait. Il ricana:
—Ah! ah! Nous les avons dépassés. Ils n'ont rien dit? Ils ne font pas de signes?
Il ne faut pas contrarier les fous:
—Non, non, dit Dinval.
Sa terreur grandissait. Le copieux déjeuner, l'ardent soleil avaient-ils provoqué la crise? Non. Edmond devait la couver depuis longtemps. Peut-être même y était-il sujet. Et songer que l'on remet sa vie à ces gens sans rien connaître d'eux, de leur passé! Le mécanicien parlait dans le vent, d'une voix saccadée. Dinval, espérant encore une rémission, un retour au bon sens, tendait l'oreille.
—Ah! une charrette de foin qui va déboucher, maintenant. Sale engeance! Ça se met en travers. Ça recule. Rien à faire. On veut l'éviter. On va dans le fossé. On se retourne. Tous tués, massacrés. Et pas moyen de ralentir, à cause des gendarmes. Ils galopent, hein? Ils nous poursuivent?
Aucune voiture n'apparaissait dans le désert des champs. Dinval ne répondit pas. Il étouffait d'horreur. Il avait vaguement entendu parler de ce délire de la persécution qui marque le début de la paralysie générale. Un fou, un vrai fou les conduisait! Et ces deux femmes qui continuaient de sourire, dans la quiétude, caressées par le souffle de la course... Et ce petit Claude, qui applaudissait à la vitesse! S'ils pouvaient au moins ignorer quelques instants encore l'horrible situation. Mais Edmond lançait des appels de trompe désespérés. Mme Dinval, voyant la route libre, demanda: