Aussi faut-il espérer qu'on abandonnera les armes à feu pour en revenir aux armes anciennes.—Ce qu'était la phalarique.—Pour ce qui est des armes à feu de notre époque, j'en parlerai plus en détail quand je comparerai nos armes à celles dont il était fait usage dans l'antiquité. Sauf la détonation qui surprend mais à laquelle on est aujourd'hui habitué, je crois qu'elles sont de peu d'efficacité et espère qu'un jour on renoncera à leur emploi.—L'arme dont les Italiens faisaient jadis usage était autrement redoutable; c'était à la fois une arme de jet et une arme à feu; ils la nommaient phalarica. La phalarique consistait en une sorte de javeline armée à son extrémité d'un fer de trois pieds de long, capable de percer de part en part un homme et son armure; elle se lançait soit à la main en rase campagne, soit avec des engins quand, dans les sièges, on s'en servait pour la défense; la hampe était revêtue d'étoupe enduite de poix et d'huile qui s'enflammait dans sa course; en pénétrant le corps ou le bouclier, elle empêchait tout usage des armes et immobilisait bras et jambes. Toutefois, il semble que lorsqu'on en arrivait au corps à corps, elle était une gêne à la marche de l'assaillant, et que le sol jonché de tronçons en combustion devait, au cours de la mêlée, être également incommode pour tous: «Semblable à la foudre, la phalarique fendait l'air avec un horrible sifflement (Virgile).»

Autres armes des anciens, qui suppléaient à nos armes à feu.—Ils avaient encore d'autres moyens d'action qui, par l'habitude de s'en servir, possédaient une grande puissance à laquelle, dans notre inexpérience, nous ne pouvons croire et qui suppléaient à l'emploi de notre poudre et de nos boulets qui leur étaient inconnus. Ils lançaient leurs javelots avec une telle force, que souvent ils transperçaient d'un seul trait deux boucliers et les deux hommes qui en étaient armés, et les liaient pour ainsi dire l'un à l'autre. Leurs frondes avaient une portée aussi juste et aussi longue que nos armes actuelles: «Exercés à lancer sur la mer les cailloux ronds du rivage, et à tirer avec leurs frondes d'une distance considérable dans des cercles de médiocre grandeur, ils blessaient leurs ennemis, non seulement à la tête, mais à telle partie du visage qu'il leur plaisait (Tite-Live).» Les engins qu'ils employaient pour battre les murailles, avaient même effet et faisaient même tapage que les nôtres: «Au bruit terrible dont retentissaient les murailles sous les coups des assiégeants, le trouble et l'effroi s'emparèrent des assiégés (Tite-Live).»—Les Gaulois d'Asie, qui sont de même origine que nous, dressés à combattre à l'arme de main, ce qui nécessite plus de courage, avaient en horreur ces armes traîtresses atteignant à distance: «La largeur des plaies ne les effraie pas; et même lorsqu'elles sont plus larges que profondes, ils s'en font gloire comme d'une preuve de valeur. Mais si au contraire la pointe d'une flèche ou une balle de plomb lancée avec la fronde, pénètre profondément dans leur chair en ne laissant qu'une trace légère à la surface, alors, furieux de périr d'une piqûre, ils se roulent par terre de rage et de honte (Tite-Live)»; cela ne s'applique-t-il pas presque textuellement à nos arquebuses?—Les Grecs, dans la retraite si longue et si célèbre des Dix-mille, rencontrèrent une nation qui leur fit beaucoup de mal en employant contre eux de très grands arcs, très forts, qui lançaient des flèches de longueur telle que ramassées et rejetées à la main comme on le fait d'un javelot, elles traversaient un bouclier et, du même coup, l'homme qui en était armé.—Les catapultes que Denys inventa à Syracuse pour lancer des traits énormes et des pierres de volume considérable et qui les projetaient au loin avec tant de violence, avaient bien du rapport avec les inventions de notre époque.

Plusieurs peuples ont excellé dans l'art de manier les chevaux.—Notons encore la manière originale dont se tenait sur sa mule un certain maître Pierre Pol, docteur en théologie, que Monstrelet nous dépeint ayant coutume de se promener à travers Paris, assis de côté sur sa monture comme les femmes.—Ce même historien dit, dans un autre passage de ses chroniques, que les Gascons possédaient des chevaux terribles qui, lancés au galop, avaient l'habitude de faire-volte face sans s'arrêter, ce dont étaient émerveillés les Français, les Picards, les Flamands et les Brabançons, «qui n'y étaient pas accoutumés»; ce sont ses propres expressions.—César, parlant des Suèves, dit: «Dans les rencontres à cheval, ils sautent souvent à terre et combattent à pied; leurs chevaux sont habitués à ne pas bouger, en pareil cas, de la place où ils ont mis pied à terre, et, si besoin en est, ils s'y portent promptement et les remontent. Il n'est rien, à leurs yeux, de moins honorable et de si efféminé que de faire usage de selles et de bâts, et ils méprisent ceux qui y ont recours. Grâce à ce mode, ils ne craignent pas, même lorsqu'ils ne sont que quelques-uns, d'attaquer un ennemi supérieur en nombre.»—J'ai fort admiré jadis un cheval dressé de telle sorte que, la bride sur le cou, avec une baguette on lui faisait faire tout ce qu'on voulait. Les Massiliens en agissaient ainsi: «Les Massiliens, montant leurs chevaux à nu et ignorants du frein, les dirigent avec une baguette (Lucain).» «Les Numides conduisent leurs chevaux sans frein (Virgile).» «Dépourvus de frein, leurs chevaux ont l'allure désagréable, le cou raide et la tête portée en avant (Tite-Live).»

Dans certains pays les mules et mulets sont considérés comme des montures deshonorantes, dans d'autres comme fort honorables.—Le roi Alphonse, celui qui institua en Espagne l'ordre des Chevaliers de la Bande ou de l'Echarpe, leur imposa entre autres règles de ne monter ni mule, ni mulet, sous peine d'une amende d'un marc d'argent. Cela est consigné dans les lettres de Guevara, lettres que quelques-uns ont qualifiées de dorées, ce qui tient à ce qu'ils les appréciaient beaucoup plus que je ne le fais. On lit dans le «Courtisan» que, dans les temps peu éloignés de celui où cet ouvrage parut, chevaucher sur une mule n'était pas chose admise pour un gentilhomme.—Au contraire, chez les Abyssins, plus leur rang les rapproche du Prêtre-Jean, qui est leur souverain, plus ils tiennent à honneur, et c'est une marque de dignité, de monter de grandes mules.

Comment en usaient les Assyriens avec leurs chevaux.—Xénophon raconte que les Assyriens tenaient toujours en station leurs chevaux entravés, tant ils étaient difficiles et farouches, et qu'il leur fallait tant de temps pour les détacher et les harnacher, que pour qu'il n'en résultât pas d'inconvénients s'ils venaient, à ce moment où ils étaient en un certain désordre, à être attaqués à l'improviste par l'ennemi, ils ne campaient jamais sans entourer leur camp de fossés et de palissades. Son Cyrus, si expert en tout ce qui touche les chevaux, n'accordait de repos aux siens et ne leur faisait donner à manger qu'après le leur avoir fait gagner par quelque exercice les ayant mis en sueur.

Dans des cas de nécessité, les chevaux ont servi à nourrir les hommes.—Les Scythes, quand en guerre la nécessité les y obligeait, saignaient leurs chevaux et s'abreuvaient et se nourrissaient de leur sang: «Le Sarmate se nourrit aussi du sang de ses chevaux (Martial).»—Les Crétois, assiégés par Métellus, se trouvèrent à tel point hors d'état d'étancher leur soif, qu'ils eurent recours à l'urine de leurs chevaux.»—Pour montrer comment se conduisent les armées turques et combien elles ont moins de besoins que les nôtres, on dit qu'outre que les soldats ne boivent que de l'eau et ne mangent que du riz et de la viande salée réduite en poudre, dont chacun porte un approvisionnement d'un mois, ils vivent aussi, le cas échéant, comme les Tartares et les Moscovites, du sang de leurs chevaux, qu'ils salent pour le conserver.

Effet produit par l'apparition des chevaux, lors de la découverte de l'Amérique, sur les peuplades qui n'en avaient jamais vu.—Les peuples des nouvelles Indes s'imaginèrent, quand les Espagnols pénétrèrent chez eux, qu'hommes et chevaux étaient des dieux ou tout au moins des êtres d'une nature supérieure à la leur. Certains après avoir été vaincus, venant implorer leur pardon et la paix, après avoir offert aux hommes de l'or et des viandes, en offraient également aux chevaux auxquels ils tenaient même langage que celui qu'ils avaient tenu aux premiers, et ils interprétaient leurs hennissements comme un assentiment donné à l'arrangement et à la trêve qu'ils leur proposaient.

Montures diverses en usage dans les Indes.—Dans les Indes orientales, se faire porter par un éléphant était, jadis, le premier de tous les honneurs et exclusivement réservé aux rois; venait immédiatement après, être traîné dans un char attelé de quatre chevaux; ensuite, monter un chameau; en dernier lieu et le moins considéré, se faire porter ou véhiculer par un seul cheval.—Un de nos contemporains écrit avoir vu, dans ces mêmes contrées, des pays où on chevauche sur des bœufs qui ont bât, étriers et bride, et s'être bien trouvé de ce mode de locomotion.

Comment, au combat, accroître l'impétuosité du cheval.—Quintus Fabius Maximus Rutilianus, dans un combat contre les Samnites, voyant que ses cavaliers, après trois ou quatre charges, n'avaient pu rompre les rangs de l'ennemi, prit le parti de leur faire débrider leurs chevaux et donner à toute force de l'éperon, si bien que rien ne pouvant les arrêter, ni armes, ni hommes, renversant tout, ils ouvrirent le passage à leur infanterie qui fit éprouver à l'adversaire une très sanglante défaite.—Quintus Fulvius Flaccus agit de même contre les Celtibériens: «Pour rendre leur choc plus impétueux, débridez vos chevaux, dit-il, et lancez-les ainsi contre l'ennemi; c'est une manœuvre qui a souvent réussi à la cavalerie romaine et lui a fait le plus grand honneur... Ils débrident leurs chevaux, percent les rangs ennemis, puis, revenant sur leurs pas, les traversent à nouveau, brisent toutes les lances et font un grand carnage (Tite-Live).»

Autres particularités relatives au cheval.—Le duc de Moscovie devait jadis, comme marque de respect aux Tartares, quand ils lui envoyaient des ambassadeurs, aller au-devant d'eux à pied, leur présenter un gobelet de lait de jument (breuvage qu'ils apprécient beaucoup); et si, en buvant, quelques gouttes échappant tombaient sur les crins de leurs chevaux, il était tenu de les lécher avec la langue.—En Russie, une armée que le sultan Bajazet y avait envoyée, fut assaillie par une si forte tempête de neige que, pour s'abriter et se préserver du froid, quelques-uns s'avisèrent de tuer et d'éventrer leurs chevaux, pour se mettre dedans et se réconforter par leur chaleur vitale.—Bajazet, après ce violent combat, où il fut défait par Tamerlan, fuyait en grande hâte sur une jument arabe; il eût échappé à l'ennemi si, au passage d'un ruisseau, il n'eût été contraint de laisser sa monture boire à satiété, ce qui, lui enlevant toute sa vigueur, la rendit si molle, qu'il fut aisément rejoint par ceux qui le poursuivaient. On dit bien que les laisser pisser diminue leur vigueur; mais, pour ce qui est de boire, j'eusse plutôt cru que cela les ranimait.