18, Collo.—Nombre de gens pensent de la sorte; il en a été ainsi de tous temps, mais cela ne fait que croître avec les besoins de bien-être qu’amènent les progrès de la civilisation et les difficultés de la vie; le mariage a tendance à être délaissé, malgré l’atténuation résultant du divorce rendu chaque jour plus accessible, et la femme, exposée de plus en plus à rester fille, est réduite à chercher par elle-même les moyens d’existence qu’elle devrait tenir du travail d’un mari.—C’est qu’aussi combien est plus facile la vie pour le célibataire: les restaurants pourvoient à sa nourriture, les cercles à son intérieur, les maisons de santé le recueillent quand il est malade; il lui est aisé de satisfaire ses appétits sensuels, au mieux de ses caprices du moment; il ne connaît ni les orages, ni les embarras ni les soucis d’un ménage; les enfants ne lui sont point à charge; il n’a à penser et ne pense qu’à lui; toutes choses égales, il est libre et riche, alors que le père de famille a des obligations et se trouve dans la gêne. Même sous le rapport de l’affection, ayant dans le présent plus de ressources, pour l’avenir l’entière disposition de son héritage, l’entourage ne lui fait pas défaut et il trouve chez des parents, des étrangers, les attentions, les témoignages de sentiments en apparence les plus désintéressés, qu’on ne rencontre pas toujours chez les enfants, auxquels on en passe davantage et qui ont des droits, qui font qu’ils en prennent beaucoup plus à leur aise.—Le célibataire est un parasite, qui ne rend pas à la société ce qu’il en retire; à Sparte, il était noté d’infamie, certaines exclusions étaient portées contre lui et parmi les hontes qui lui étaient imposées, à certaine fête, les femmes lui faisaient faire le tour d’un autel, en le battant de verges. On ne saurait à notre époque user de semblables procédés qui seraient par trop inefficaces, et cependant il ne serait qu’équitable de compenser, dans la mesure du possible, les obligations auxquelles il échappe; on pourrait par exemple dans l’obtention de certains emplois, de certaines faveurs, avantager à mérite égal les pères de famille tandis que souvent cette situation tourne contre eux; mais surtout un impôt spécial, proportionnel à leurs revenus, devrait frapper les célibataires et le produit en être affecté à l’attribution de subsides aux familles chargées d’enfants qui sont nécessiteuses, etc.

19, Dessein.—A suivre mon inclination naturelle, de mon propre mouvement.

28, Rebours.—Et plus à contre-cœur.

30, Esperé.—Montaigne avait épousé en 1565 Françoise de la Chassaigne, fille d’un conseiller au Parlement de Bordeaux, comme lui-même l’était à ce moment. Il semble s’être marié un peu pour combler le vide laissé en lui par la mort de La Boétie, survenue deux ans auparavant. Bien que, dans les Essais, Montaigne se soit en quelque sorte fait une loi de passer sous silence sa vie conjugale, qu’il n’y fasse guère allusion que lorsqu’il se plaint des difficultés que présente par moments la vie domestique, ou qu’il exprime la confiance qu’il a, lorsqu’il s’absente, en qui en son absence a la gestion de sa maison, il y a lieu de penser qu’avec les idées qu’il avait sur le mariage si, comme il est probable, l’affection et la confiance ont régné entre les deux époux, leurs épanchements ont toujours été modérés, et qu’il n’eût pu dire, à son lit de mort, à sa femme comme son ami La Boétie, qui avait sur ce point des idées d’une élévation de sentiments bien autres, le dit à la sienne ainsi qu’il le rapporte lui-même: «Ayant été joint à vous par le saint nœud du mariage, qui est l’un des plus respectables et inviolables que Dieu nous ait donnés ici-bas, je vous ai aimée, chérie et estimée autant qu’il m’a été possible et suis tout assuré que vous m’avez rendu réciproque affection que je ne saurais reconnaître.»—De fait, Françoise de la Chassaigne, morte en 1627, femme de sens, très rangée, très entendue dans les soins du ménage, paraît avoir été en même temps une épouse discrète, s’effaçant volontiers, telle que Montaigne pouvait la souhaiter; lui mort, elle se dévoua à sa mémoire et à son œuvre.

202,

5, Traistre.—Ces deux vers sont d’un auteur inconnu; on peut leur appareiller ceux-ci dont la source est également ignorée:

I

Si tu as maistre, sers-le bien:

Dis bien de lui, garde le sien;

Son secret cèle, quoi qu’il fasse,