Ce nous est grande simplesse d’abandonner les enfans au gouuernement et à la charge de leurs peres, au lieu d’en commettre aux loix la discipline, tout en vn Estat despendant de leur education et nourriture? II, 606.
A vn enfant de maison, qui recherche les lettres, non pour le gaing ny tant pour les commoditez externes, que pour les sienes propres, et pour s’en enrichir et parer au dedans, ayant plustost enuie d’en reussir habil’homme, qu’homme sçauant, ie voudrois qu’on fust soigneux de luy choisir vn conducteur, qui eust plustot la teste bien faicte, que bien pleine: et qu’on y requist tous les deux, mais plus les mœurs et l’entendement que la science, I, 236.
A son eleue, il dira ce que c’est que scauoir et ignorer, qui doit estre le but de l’estude: que c’est que vaillance, temperance, et iustice: ce qu’il y a à dire entre l’ambition et l’auarice: la seruitude et la subiection, la licence et la liberté: à quelles marques on congnoit le vray et solide contentement: iusques où il faut craindre la mort, la douleur et la honte. Quels ressors nous meuuent, et le moyen de tant diuers branles en nous. Car il me semble que les premiers discours, dequoy on luy doit abreuuer l’entendement, ce doiuent estre ceux, qui reglent ses mœurs et son sens, qui luy apprendront à se cognoistre, et à sçauoir bien mourir et bien viure, I, 254.
Puis que la Philosophie est ce qui instruict à viure, et que l’enfance y a sa leçon, comme les autres aages, pourquoy ne la luy communique lon? On nous apprend à viure, quand la vie est passée. Cent escoliers ont pris la verolle auant que d’estre arriuez à leur leçon d’Aristote de la temperance, I, 262.
Vn enfant en est capable au partir de la nourrisse, beaucoup mieux que d’apprendre à lire ou escrire. La philosophie a des discours pour la naissance des hommes, comme pour la decrepitude, I, 262.
Les Perses apprenoient la vertu à leurs enfans, comme les autres nations font les lettres, I, 220.
On demandoit à Agesilaus ce qu’il seroit d’aduis, que les enfans apprinsent: Ce qu’ils doiuent faire estans hommes, respondit-il, I, 222.
C’est vne grande simplesse d’aprendre à nos enfans, la science des astres et le mouuement de la huictiesme sphere, auant que les leurs propres, I, 254.
On ne cesse de criailler à leurs oreilles comme qui verseroit dans vn antonnoir; et leur charge ce n’est que redire ce qu’on leur a dit. Ie voudrois que nostre gouuerneur corrigeast cette partie; et que de belle arriuee, selon la portee de l’ame, qu’il a en main, il commençast à la mettre sur la montre, luy faisant gouster les choses, les choisir, et discerner d’elle mesme. Quelquefois luy ouurant le chemin, quelquefois le luy laissant ouurir. Ie ne veux pas qu’il inuente, et parle seul: ie veux qu’il escoute son disciple parler à son tour. Socrates, et depuis Arcesilaus, faisoient premierement parler leurs disciples, et puis ils parloient à eux, I, 236.
Qu’il ne luy demande pas seulement compte des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance. Et qu’il iuge du profit qu’il aura fait, non par le tesmoignage de sa memoire, mais de sa vie. Que ce qu’il viendra d’apprendre, il le luy face mettre en cent visages, et accommoder à autant de diuers subiects, pour voir s’il l’a encore bien pris et bien faict sien, I, 238.