Qu’il cele tout ce dequoy il a esté secouru, et ne produise que ce qu’il en a faict. Nul ne met en compte publique sa recette: chacun y met son acquest, I, 240.
Il ne dira pas tant sa leçon, comme il la fera. Il la repetera en ses actions. On verra s’il y a de la prudence en ses entreprises: s’il y a de la bonté, de la iustice en ses deportements: s’il a du iugement et de la grace en son parler: de la vigueur en ses maladies: de la modestie en ses ieux: de la temperance en ses voluptez: de l’ordre en son œconomie: de l’indifference en son goust, I, 270.
Que sa conscience et sa vertu reluisent en son parler, et n’ayent que la raison pour conduite. Qu’on luy face entendre, que de confesser la faute qu’il descouurira en son propre discours, encore qu’elle ne soit apperceuë que par luy, c’est vn effet de iugement et de sincerité, qui sont les principales parties qu’il cherche. Que l’opiniatrer et contester, sont qualitez communes: plus apparentes aux plus basses ames. Que se r’aduiser et se corriger, abandonner vn mauuais party, sur le cours de son ardeur, ce sont qualitez rares, fortes et philosophiques, I, 246.
Si son gouuerneur tient de mon humeur, il luy formera la volonté à estre tres-loyal seruiteur de son Prince, et tres-affectionné, et tres-courageux: mais il luy refroidira l’enuie de s’attacher autrement que par vn deuoir publique, I, 246.
Que notre disciple soit bien pourueu de choses, les parolles ne suiuront que trop: il les trainera, si elles ne veulent suiure. I’en oy qui s’excusent de ne se pouuoir exprimer; et font contenance d’auoir la teste pleine de plusieurs belles choses, mais à faute d’eloquence, ne les pouuoir mettre en euidence: c’est vne baye. Sçauez vous à mon aduis que c’est que cela? ce sont des ombrages, qui leur viennent de quelques conceptions informes, qu’ils ne peuuent démesler et esclarcir au dedans, ny par consequent produire au dehors, I, 272.
Cette institution se doit conduire par vne seuere douceur, non comme il se fait. Au lieu de conuier les enfans aux lettres, on ne leur presente à la verité, qu’horreur et cruauté. Ostez moy la violence et la force; il n’est rien à mon aduis qui abatardisse et estourdisse si fort vne nature bien née. Si vous auez enuie qu’il craigne la honte et le chastiement, ne l’y endurcissez pas. Endurcissez le à la sueur et au froid, au vent, au soleil et aux hazards qu’il luy faut mespriser. Ostez luy toute mollesse et delicatesse au vestir et coucher, au manger et au boire: accoustumez le à tout: que ce ne soit pas vn beau garçon et dameret, mais vn garçon vert et vigoureux, I, 266.
I’accuse toute violence en l’education d’vne ame tendre, qu’on dresse pour l’honneur, et la liberté: et tiens que ce qui ne se peut faire par la raison, et par prudence, et addresse, ne se fait iamais par la force, II, 26.
Ie n’ay veu autre effect aux verges, sinon de rendre les ames plus lasches, ou plus malitieusement opiniastres, II, 26.
Il faut regler l’ame à son deuoir par raison, non par necessité et par le besoin, ny par rudesse et par force, II, 26.
Pour tout cecy, ie ne veux pas qu’on emprisonne ce garçon, ie ne veux pas qu’on l’abandonne à la colere et humeur melancholique d’vn furieux maistre d’escole: ie ne veux pas corrompre son esprit, à le tenir à la gehenne et au trauail, quatorze ou quinze heures par iour, comme vn portefaiz. Ny ne trouueroye bon, quand par quelque complexion solitaire et melancholique, on le verroit adonné d’vne application trop indiscrette à l’estude des liures, qu’on la luy nourrist. Cela les rend ineptes à la conuersation ciuile, et les destourne de meilleures occupations. Et combien ay-ie veu de mon temps, d’hommes abestis, par temeraire auidité de science? I, 264.