Ie n’ay iamais estimé qu’estre sans enfans, fust vn defaut qui deust rendre la vie moins complete, et moins contente. La vacation sterile, a bien aussi ses commoditez. Les enfans sont du nombre des choses, qui n’ont pas fort dequoy estre desirées. Et si ont iustement dequoy estre regrettées, à qui les perd, apres les auoir acquises, III, 478.
Il faut colloquer les enfans, non selon les facultez de leur pere, mais selon les facultez de leur ame, I, 262.
ESCRIME (DUEL).
L’escrime est vn art vtile à sa fin, duquel la cognoissance a grossi le cœur à aucuns, outre leur mesure naturelle. Mais ce n’est pas proprement vertu, puis qu’elle tire son appuy de l’addresse, et qu’elle prend autre fondement que de soy-mesme. En mon enfance, la noblesse fuyoit la reputation de bon escrimeur comme iniurieuse: et se desroboit pour l’apprendre, comme mestier de subtilité, desrogeant à la vraye et naïfue vertu. Cet exercice, est d’autant moins noble, qu’il ne regarde qu’vne fin priuée: qui nous apprend à nous entreruyner, contre les loix et la iustice: et qui en toute façon, produict tousiours des effects dommageables, II, 576.
ESPÉRANCE.
Toutes choses sont esperables à vn homme pendant qu’il vit, I, 636.
O la courageuse faculté que l’esperance: qui en vn subiect mortel, et en vn moment, va vsurpant l’infinité, l’immensité, et remplissant l’indigence de son maistre, de la possession de toutes les choses qu’il peut imaginer et desirer, autant qu’elle veut! Nature nous a là donné vn plaisant iouët, I, 514.
ESPRIT.
C’est vn grand ouurier de miracles que l’esprit humain, II, 362.
Il est malaisé de lui donner bornes: il est curieux et auide, et n’a point occasion de s’arrester plus tost à mille pas qu’à cinquante, II, 338.