L’inconstance du bransle diuers de la fortune, fait qu’elle nous doiue presenter toute espece de visages, I, 384.
On s’apperçoit ordinairement aux actions du monde, que la fortune, pour nous apprendre, combien elle peut en toutes choses: et qui prent plaisir à rabattre nostre presomption: n’ayant peu faire les mal-habiles sages, elle les fait heureux: à l’enuy de la vertu. Et se mesle volontiers à fauoriser les executions, où la trame est plus purement sienne, III, 358.
Il semble que la fortune quelquefois guette à point nommé le dernier iour de nostre vie, pour montrer sa puissance, de renuerser en vn moment ce qu’elle auoit basty en longues années, I, 104.
C’est iniure et deffaueur de Fortune, de nous offrir des presents, qui nous remplissent d’vn iuste despit de nous auoir failly en leur saison, III, 498.
Plus nous amplifions nostre besoing et possession, d’autant plus nous engageons nous aux coups de la Fortune, et des aduersitez, III, 498.
L’heur et le mal’heur sont à mon gré deux souueraines puissances. C’est imprudence, d’estimer que l’humaine prudence puisse remplir le rolle de la fortune. Et vaine est l’entreprise de celuy, qui presume d’embrasser et causes et consequences, et mener par la main, le progrez de son faict, III, 356.
C’est chose vaine et friuole que l’humaine prudence: et au trauers de tous nos proiects, de nos conseils et precautions, la fortune maintient tousiours la possession des euenements, I, 190.
Les euenemens et issuës dependent, notamment en la guerre, pour la plus part, de la fortune: laquelle ne se veut pas renger et assuiettir à nostre discours et prudence. Mais à le bien prendre, nos conseils et deliberations en despendent bien autant; et la fortune engage en son trouble et incertitude, aussi nos discours, I, 528.
I’ay veu de mon temps mill’ hommes soupples, mestis, ambigus, et que nul ne doubtoit plus prudens mondains que moy, se perdre où ie me suis sauué, II, 454.
Qu’on regarde qui sont les plus puissans aux villes, et qui font mieux leurs besongnes: on trouuera ordinairement, que ce sont les moins habiles. Il est aduenu aux femmelettes, aux enfans, et aux insensez, de commander de grands estats, à l’esgal des plus suffisans Princes. Et y rencontrent, plus ordinairement les grossiers que les subtils. Nous attribuons les effects de leur bonne fortune à leur prudence, III, 356.