GENS DE LETTRES.
Ie ne sçay comment il aduient, et il aduient sans doubte, qu’il se trouue autant de vanité et de foiblesse d’entendement, en ceux qui font profession d’auoir plus de suffisance, qui se meslent de vacations lettrées, et de charges qui despendent des liures, qu’en nulle autre sorte de gens, II, 514.
GLOIRE (RÉPUTATION).
De toutes les resueries du monde, la plus receuë et plus vniuerselle, est le soing de la reputation et de la gloire, que nous espousons iusques à quitter les richesses, le repos, la vie et la santé, qui sont biens effectuels et substantiaux, pour suyure cette vaine image, cette simple voix, qui n’a ny corps ny prise, I, 476.
C’est à Dieu seul, à qui gloire et honneur appartient. Et n’est rien si esloigné de raison, que de nous en mettre en queste pour nous, II, 442.
Toute la gloire du monde ne merite pas qu’vn homme d’entendement estende seulement le doigt pour l’acquerir, II, 442.
Toutes autres choses tombent en commerce. Nous prestons nos biens et nos vies au besoin de nos amis: mais de communiquer son honneur et d’estrener autruy de sa gloire, il ne se voit gueres, I, 478.
Combien auons nous veu d’hommes vertueux, suruiure à leur propre reputation, qui ont veu et souffert esteindre en leur presence, l’honneur et la gloire tres-iustement acquise en leurs ieunes ans? II, 460.
C’est le sort qui nous applique la gloire, selon sa temerité. Ie l’ay veuë fort souuent outrepasser le merite d’vne longue mesure. Comme l’ombre, elle va quelque fois deuant son corps: et quelque fois l’excede de beaucoup en longueur, II, 448.
Nous appellons aggrandir nostre nom, l’estendre et semer en plusieurs bouches: nous voulons qu’il y soit receu en bonne part et que cette sienne accroissance luy vienne à profit: voyla ce qu’il y peut auoir de plus excusable en ce dessein. Mais l’exces de cette maladie en va iusques là, que plusieurs cherchent de faire parler d’eux en quelque façon que ce soit, plus desireux de grande que de bonne réputation. Ce vice est ordinaire. Nous nous soignons plus qu’on parle de nous, que comment on en parle: et nous est assez que nostre nom coure par la bouche des hommes, en quelque condition qu’il y coure, II, 456.