Les actions de la vertu sont trop nobles d’elles mesmes, pour rechercher autre loyer, que de leur propre valeur: et notamment pour la chercher en la vanité des iugemens humains, II, 460.
Qui n’est homme de bien que par ce qu’on le sçaura, et par ce qu’on l’en estimera mieux, apres l’auoir sçeu, qui ne veut bien faire qu’en condition que sa vertu vienne à la cognoissance des hommes, celuy-là n’est pas personne de qui on puisse tirer beaucoup de seruice, II, 450.
Toute la gloire, que ie pretens de ma vie, c’est de l’auoir vescue tranquille, et tranquille selon moy, II, 448.
GUERRE CIVILE (TROUBLES INTÉRIEURS).
Monstrueuse guerre. Les autres agissent au dehors, ceste-cy encore contre soy: se ronge et se defaict, par son propre venin. Elle est de nature si maligne et ruineuse, qu’elle se ruine quand et quand le reste: et se deschire et despece de rage. Nous la voyons plus souuent, se dissoudre par elle mesme, que par disette d’aucune chose necessaire, ou par la force ennemie. Toute discipline la fuït. Elle vient guerir la sedition, et en est pleine. Veut chastier la desobeissance, et en montre l’exemple: et employee à la deffence des loix, faict sa part de rebellion à l’encontre des siennes propres. Où en sommes nous? Nostre medecine porte infection.—En ces maladies populaires, on peut distinguer sur le commencement, les sains des malades: mais quand elles viennent à durer, comme la nostre, tout le corps s’en sent, et la teste et les talons: aucune partie n’est exempte de corruption. Car il n’est air, qui se hume si gouluement: qui s’espande et penetre, comme faict la licence. Nos armees ne se lient et tiennent plus que par simant estranger: des François on ne sçait plus faire vn corps d’armee, constant et reglé. Quelle honte! Il n’y a qu’autant de discipline, que nous en font voir des soldats empruntez. Quant à nous, nous nous conduisons à discretion, et non pas du chef; chacun selon la sienne: il a plus affaire au dedans qu’au dehors. C’est au commandement de suiure, courtizer, et plier: à luy seul d’obeïr: tout le reste est libre et dissolu. Il me plaist de voir, combien il y a de lascheté et de pusillanimité en l’ambition: par combien d’abiection et de seruitude, il luy faut arriuer à son but. Mais cecy me deplaist de voir, des natures debonnaires et capables de iustice, se corrompre tous les iours, au maniement et commandement de cette confusion. La longue souffrance, engendre la coustume; la coustume, le consentement et l’imitation. Nous auions assez d’ames mal nées, sans gaster les bonnes et genereuses, III, 354.
Les guerres ciuiles ont cela de pire que les autres guerres, de nous mettre chacun en echauguette en sa propre maison. C’est grande extremité, d’estre pressé iusques dans son mesnage, et repos domestique, III, 424.
En ces temps, on battisoit les vices publiques de mots nouueaux plus doux pour leur excuse, abastardissant et amollissant leurs vrais titres, I, 178.
Ce qui fait voir tant de cruautez inouies aux guerres populaires, c’est que cette canaille de vulgaire s’aguerrit, et se gendarme, à s’ensanglanter iusques aux coudes, et deschiqueter vn corps à ses pieds, n’ayant resentiment d’autre vaillance. Comme les chiens coüards, qui deschirent en la maison, et mordent les peaux des bestes sauuages, qu’ils n’ont osé attaquer aux champs, II, 570.
La cause des loix, et defence de l’ancien estat, a tousiours cela, que ceux mesmes qui pour leur dessein particulier le troublent, en excusent les defenseurs, s’ils ne les honorent, III, 86.
Mais il ne faut pas appeler deuoir, vne aigreur et vne intestine aspreté, qui naist de l’interest et passion priuee, ny courage, vne conduitte traistresse et malitieuse. Ils nomment zele, leur propension vers la malignité, et violence. Ce n’est pas la cause qui les eschauffe, c’est leur interest. Ils attisent la guerre, non par ce qu’elle est iuste: mais par ce que c’est guerre, III, 86.