Il y a peu de relation de nos actions, qui sont en perpetuelle mutation, auec les loix fixes et immobiles. Les plus desirables, ce sont les plus rares, plus simples, et generales. Et encore crois-ie, qu’il vaudroit mieux n’en auoir point du tout, que de les auoir en tel nombre que nous auons, III, 602.

Il y a grand doute, s’il se peut trouuer si euident profit au changement d’vne loy receüe telle qu’elle soit, qu’il y a de mal à la remuer, I, 176.

La fortune nous presente aucunes-fois la necessité si vrgente, qu’il est besoin que les loix luy facent quelque place. Quand on resiste à l’accroissance d’vne innouation qui vient par violence à s’introduire, de se tenir en tout et par tout en bride et en regle contre ceux qui ont la clef des champs, ausquels tout cela est loisible qui peut auancer leur dessein, qui n’ont ny loy ny ordre que de suiure leur aduantage, c’est vne dangereuse obligation et inequalité. Il est encore reproché à ces deux grands personnages, Octauius et Caton, aux guerres ciuiles, l’vn de Sylla, l’autre de Cæsar, d’auoir plustost laissé encourir toutes extremitez à leur patrie, que de la secourir aux despens de ses loix, et que de rien remuer. Mieux vault faire vouloir aux loix ce qu’elles peuuent, lors qu’elles ne peuuent ce qu’elles veulent. C’est ce dequoy Plutarque loüe Philopœmen, qu’estant né pour commander, il sçauoit non seulement commander selon les loix, mais aux loix mesmes, quand la necessité publique le requeroit, I, 184.

Il y a ie ne sçay quelle douceur naturelle à se sentir louër, mais nous luy prestons trop de beaucoup. Ie ne me soucie pas tant, quel ie sois chez autruy, comme ie me soucie quel ie sois en moy-mesme. Les estrangers ne voyent que les euenemens et apparences externes: chacun peut faire bonne mine par le dehors, plein au dedans de fiebure et d’effroy. Ils ne voyent pas mon cœur, ils ne voyent que mes contenances, II, 454.

LOUANGE (FLATTERIE, GLOIRE, RÉPUTATION).

La louange est tousiours plaisante, de qui, et pourquoy elle vienne. Si faut-il pour s’en aggreer iustement, estre informé de sa cause, III, 412.

Louez un bossu de sa belle taille, il le doit receuoir à iniure: si vous estes couard, et qu’on vous honnore pour vn vaillant homme, est-ce de vous qu’on parle? On vous prend pour vn autre, III, 190.

MAL.

Le mal est à l’homme bien à son tour. Ny la douleur ne luy est tousiours à fuïr, ny la volupté tousiours à suiure, II, 214.

En toutes nos fortunes, nous nous comparons à ce qui est au dessus de nous, et regardons vers ceux qui sont mieux. Mesurons nous à ce qui est au dessous: il n’en est point de si miserable, qui ne trouue mille exemples où se consoler. C’est nostre vice, que nous voyons plus mal volontiers, ce qui est dessus nous, que volontiers, ce qui est dessoubs, III, 402.