Le mariage est vn nom d’honneur et dignité, non de folastre et lasciue concupiscence, I, 348.
Il faut, dit Aristote, toucher sa femme prudemment et seuerement, de peur qu’en la chatouillant trop lasciuement, le plaisir ne la face sortir hors des gons de raison, III, 196.
Les plaisirs mesmes des maris à l’accointance de leurs femmes, sont reprouuez, si la moderation n’y est obseruée: il y a dequoy faillir en licence et desbordement en ce subiect là, comme en vn subiect illegitime. Ces encheriments deshontez, que la chaleur premiere nous suggere en ce ieu, sont non indecemment seulement, mais dommageablement employez enuers noz femmes. Qu’elles apprennent l’impudence au moins d’vne autre main. Elles sont tousiours assez esueillées pour nostre besoing, I, 346.
Les mariez, le temps estant tout leur, ne doiuent ny presser ny taster leur entreprinse, s’ils ne sont prests. Et vault mieux faillir indecemment, à estreiner la couche nuptiale, pleine d’agitation et de fieure, attendant vne et vne autre commodité plus priuée et moins allarmée, que de tomber en vne perpetuelle misere, pour s’estre estonné et desesperé du premier refus, I, 142.
La liberalité des dames est trop profuse au mariage, et esmousse la poincte de l’affection et du desir, III, 204.
Vne trop continuelle assistance, et l’assiduité blesse: chacun sent par experience, que la continuation de se voir, ne peut representer le plaisir que lon sent à se desprendre, et reprendre à secousses, III, 434.
L’amitié a les bras assez longs, pour se tenir et se ioindre, d’vn coin de monde à l’autre: et specialement celle de mari à femme, où il y a vne continuelle communication d’offices, qui en reueillent l’obligation et la souuenance, III, 434.
Le mariage a pour sa part, l’vtilité, la iustice, l’honneur, et la constance: vn plaisir plat, mais plus vniuersel. L’amour se fonde au seul plaisir: et l’a de vray plus chatouilleux, plus vif, et plus aigu: vn plaisir attizé par la difficulté: il y faut de la piqueure et de la cuison. Ce n’est plus amour, s’il est sans fleches et sans feu, III, 204.
Vn bon mariage, s’il en est, refuse la compagnie et conditions de l’amour: il tasche à representer celles de l’amitié. C’est vne douce societé de vie, pleine de constance, de fiance, et d’vn nombre infiny d’vtiles et solides offices, et obligations mutuelles. Aucune femme qui en sauoure le goust, ne voudroit tenir lieu de maistresse à son mary. Si elle est logee en son affection, comme femme, elle y est bien plus honorablement et seurement logee. Quand il fera l’esmeu ailleurs, et l’empressé, qu’on luy demande pourtant lors, à qui il aymeroit mieux arriuer vne honte, ou à sa femme ou à sa maistresse, de qui la desfortune l’affligeroit le plus, à qui il desire plus de grandeur: ces demandes n’ont aucun doubte en vn mariage sain, III, 198.
L’amour hait qu’on se tienne par ailleurs que par luy, et se mesle laschement aux accointances qui sont dressees et entretenues soubs autre titre: comme est le mariage, III, 194.