Les medecins ployent ordinairement auec vtilité, leurs regles, à la violence des enuies aspres, qui suruiennent aux malades. Ce grand desir ne se peut imaginer, si estranger et vicieux, que Nature ne s’y applique. Et puis, combien est-ce de contenter la fantasie? III, 642.
Il n’appartient qu’aux medecins de mentir en toute liberté, puis que notre salut despend de la vanité, et fauceté de leurs promesses, III, 42.
Nous ne receuons pas aisément la medecine que nous entendons; non plus que la drogue que nous cueillons. Si les nations, desquelles nous retirons le gayac, la salseperille, et le bois d’esquine, ont des medecins, combien pensons nous par cette mesme recommendation de l’estrangeté, la rareté, et la cherté, qu’ils façent feste de noz choulx, et de nostre persil? car qui oseroit mespriser les choses recherchées de si loing, au hazard d’vne si longue peregrination et si perilleuse? III, 48.
C’est la crainte de la mort et de la douleur, l’impatience du mal, vne furieuse et indiscrete soif de la guerison, qui nous aueugle. C’est pure lascheté qui rend croyance à la medecine si molle et maniable. La plus part pourtant ne croyent pas tant, comme ils endurent et laissent faire, III, 66.
On se doit adonner aux meilleures regles, mais non pas s’y asseruir: si ce n’est à celles, s’il y en a quelqu’vne, ausquelles l’obligation et seruitude soit vtile. Il n’est rien, où les malades se puissent mettre mieux en seurté, qu’en se tenant coy, dans le train de vie, où ils sont esleuez et nourris. Le changement, quel qu’il soit, estonne et blesse. Estendons nostre possession iusques aux derniers moyens. Le plus souuent on s’y durcit, en s’opiniastrant, et corrige lon sa complexion, III, 640.
MÉDITATION.
Le mediter est vn puissant estude et plein à qui sçait se taster et employer vigoureusement. I’aime mieux forger mon ame, que la meubler. Il n’est point d’occupation ny plus foible, ny plus forte, que celle d’entretenir ses pensees, selon l’ame que c’est, III, 136.
MÉMOIRE.
C’est vn outil de merueilleux seruice, que la memoire, et sans lequel le iugement fait bien à peine son office, II, 496.
C’est le receptacle et l’estuy de la science, II, 500.