L’humaine raison est vn instrument libre et vague. Les hommes, aux faicts qu’on leur propose, s’amusent plus volontiers à en chercher la raison, qu’à en chercher la verité. Ils passent par dessus les presuppositions, mais ils examinent curieusement les consequences. Ils laissent les choses, et courent aux causes. Plaisans causeurs. La cognoissance des causes touche seulement celuy, qui a la conduitte des choses: non à nous, qui n’en auons que la souffrance, III, 526.
A quoy faire la cognoissance des choses, si nous en deuenons plus lasches? si nous en perdons le repos et la tranquilité, où nous serions sans cela? I, 450.
Quelles differences de sens et de raison, quelle contrarieté d’imaginations nous presente la diuersité de nos passions? Quelle asseurance pouuons nous prendre de chose si instable et si mobile, subjecte par sa condition à la maistrise du trouble, n’allant iamais qu’vn pas forcé et emprunté? II, 352.
La raison humaine est vne teinture infuse enuiron de pareil pois à toutes nos opinions et mœurs, de quelque forme qu’elles soient: infinie en matiere, infinie en diuersité, I, 162.
J’appelle tousiours raison cette apparence de discours que chacun forge en soy: cette raison, de la condition de laquelle, il y en peut avoir cent contraires autour d’un même subject: c’est un instrument de plomb, et de cire, alongeable, ployable, accommodable à tout biais et à toutes mesures: il ne reste que la suffisance de le sçauoir contourner, II, 346.
Il n’est rien si soupple et erratique. C’est le soulier de Theramenez, bon à tous pieds, III, 544.
RAISON D’ÉTAT.
Le Prince, quand vne vrgente circonstance, et quelque impetueux et inopiné accident, du besoing de son estat, luy fait gauchir sa parolle et sa foy, ou autrement le iette hors de son deuoir ordinaire, c’est malheur. A cela, nul remede: nous ne pouuons pas tout. Ce sont dangereux exemples, rares, et maladifues exceptions, à nos regles naturelles: il y faut ceder, mais auec grande moderation et circonspection. Aucune vtilité priuee, n’est digne pour laquelle nous facions cet effort à nostre conscience: la publique bien, lors qu’elle est et tres-apparente, et tres-importante, III, 98.
RÉCOMPENSES HONORIFIQUES.
Ç’a esté vne belle inuention, et receuë en la plus part des polices du monde, d’establir certaines merques vaines et sans prix, pour en honnorer et recompenser la vertu, II, 10.