Celuy enuers qui vous en trahissez vn, duquel vous estes pareillement bien venu: sçait-il pas, que de soy vous en faites autant à son tour? Il vous tient pour vn meschant homme: ce pendant il vous oit, et tire de vous, et fait ses affaires de vostre desloyauté. Car les hommes doubles sont vtiles, en ce qu’ils apportent: mais il se faut garder, qu’ils n’emportent que le moins qu’on peut, III, 86.
Si la trahison doit estre en quelque cas excusable: lors seulement elle l’est, qu’elle s’employe à chastier et trahir la trahison, III, 94.
TRISTESSE.
Ie suis des plus exempts de cette passion, et ne l’ayme ny l’estime: quoy que le monde ayt entrepris, comme à prix faict, de l’honorer de faueur particuliere. Ils en habillent la sagesse, la vertu, la conscience. Sot et vilain ornement, I, 22.
TROUBLES POLITIQUES (GUERRES CIVILES).
Est-il quelque mal en vne police, qui vaille estre combatu par vne drogue si mortelle que la guerre ciuile? Non pas, disoit Fauonius, l’vsurpation de la possession tyrannique d’vne republique. Platon de mesme ne consent pas qu’on face violence au repos de son païs, pour le guerir: et n’accepte pas l’amendement qui trouble et hazarde tout, et qui couste le sang et ruine des citoyens, III, 558.
De se tenir chancelant et mestis, de tenir son affection immobile, et sans inclination aux troubles de son pays, et en vne diuision publique, ie ne le trouue ny beau, ny honneste: Cela peut estre permis enuers les affaires des voysins: ce seroit vne espece de trahison, de le faire aux propres et domestiques affaires, ausquels necessairement il faut prendre party: mais de ne s’embesongner point, à homme qui n’a ny charge, ny commandement exprez qui le presse, ie le trouue plus excusable qu’aux guerres estrangeres: desquelles pourtant, selon nos loix, ne s’empesche qui ne veut. Toutesfois ceux encore qui s’y engagent tout à faict, le peuuent, auec tel ordre et attrempance, que l’orage debura couler par dessus leur teste, sans offence, III, 84.
Quand ma volonté me donne à vn party, ce n’est pas d’vne si violente obligation, que mon entendement s’en infecte. Aux presens brouillis de cet estat, mon interest ne m’a faict mescognoistre, ny les qualitez louables en noz aduersaires, ny celles qui sont reprochables en ceux que i’ay suiuy. Ils adorent tout ce qui est de leur costé: moy ie n’excuse pas seulement la plus part des choses, qui sont du mien. Vn bon ouurage, ne perd pas ses graces, pour plaider contre moy. Hors le nœud du debat, ie me suis maintenu en equanimité, et pure indifference, III, 500.
Rien n’empesche qu’on ne se puisse comporter commodément entre des hommes qui se sont ennemis, et loyalement: conduisez vous y d’vne, sinon par tout esgale affection (car elle peut souffrir differentes mesures) au moins temperee, et qui ne vous engage tant à l’vn, qu’il puisse tout requerir de vous. Et vous contentez aussi d’vne moienne mesure de leur grace: et de couler en eau trouble, sans y vouloir pescher, III, 86.
Ie veux que l’aduantage soit pour nous: mais ie ne forcene point, s’il ne l’est. Ie me prens fermement au plus sain des partis. Mais ie n’affecte pas qu’on me remarque specialement, ennemy des autres, et outre la raison generalle, III, 502.