11, Salsberi.—Le comte de Salisbury commandait les Anglais; c’était un frère bâtard de Jean Sans-Terre, roi d’Angleterre à ce moment.

12, Autre.—C.-à-d. c’était une subtilité de conscience à celle dont il va être parlé, car il s’agit de ce même évêque à la même bataille.

14, Masse.—De la sorte il mettait les gens hors de combat en les assommant, mais sans verser le sang, ce qu’interdisait aux ecclésiastiques un concile tenu à Trente en 1163, dont il respectait la décision en la tournant. Antoine Guerara parle d’un prêtre espagnol qui, lors de la conquête de l’Amérique, armé d’une arquebuse, tirait sur les Indiens, les bénissant au préalable en faisant un signe de croix avec son instrument de mort.—La masse d’armes tenait de la massue et du casse-tête; elle se composait d’une tige de fer, d’environ 0m,80 de long, terminée par une masse de même métal, soit sphérique, soit ovoïde, de la dimension d’une grosse orange, soit unie, soit garnie de pointes.

CHAPITRE XLII.

16, Entre nous.—Montaigne ne traite cette question qu’en ce qui touche l’individu; elle se pose aujourd’hui, autrement sérieuse, au point de vue des collectivités.

L’idée de remédier aux injustices du sort, en mettant en commun tout ce qui constitue les richesses d’un pays, en les confisquant ou les rachetant au profit de l’État, avec charge de les exploiter, chacun y participant sous son contrôle, et d’en répartir les revenus, n’est pas nouvelle; elle était la base de la législation à Sparte, et les Gracques cherchèrent à la faire triompher à Rome; aujourd’hui elle prend corps de plus en plus en France.

C’est là le principe fondamental du socialisme qui, avec l’accaparement par l’État de toutes les entreprises et de toutes les industries, vise à faire disparaître les fortunes grandes et moyennes par l’impôt progressif sur le revenu, l’élévation des droits de succession; tarissant du même coup tout ce qui stimule l’homme, le porte aux inventions, aux entreprises hardies et de longue haleine, en l’éloignant de toute préoccupation d’avenir et d’ambition; nivelant toutes les intelligences par une éducation identique, gratuite et obligatoire; enfin, par la puissance du nombre, dépouillant les classes actuellement dirigeantes de tout pouvoir politique: idéal qui n’est autre que celui d’une basse égalité et humiliante servitude.

Le socialisme répugne à reconnaître la supériorité intellectuelle, à laquelle l’humanité doit tous les progrès, et est ennemi du capital qui n’est en somme que le résultat du travail soit matériel, soit intellectuel, accumulé, qui seul permet les grandes entreprises; en Russie il a un champ d’expérience, le collectivisme agraire règne dans certaines régions et, de ce fait, le perfectionnement de la culture y est entravé, le rendement est moindre et le paysan russe n’aspire qu’à être libéré de ce joug et à voir se constituer la propriété individuelle, au rebours de ce que chez nous rêve le socialisme!

C’est surtout parmi les manœuvres, les ouvriers de la plus infime catégorie, mais qui sont aussi les plus nombreux, et les déclassés, qu’il recrute ses adeptes; les artisans, les populations agricoles, chez lesquels prévaut l’instinct de la propriété, y sont moins accessibles. Les plus ardents sont le produit dégénéré de nos universités et de nos écoles, cette cohue de licenciés et de bacheliers sans emploi, d’instituteurs mécontents de leur sort, professeurs dont le mérite est méconnu. A ces épaves des concours que l’État n’a pu caser, viennent se joindre quelques âmes candides autant que peu clairvoyantes qui, par un sentiment non raisonné, accepté par contagion, voient dans la réalisation de ce programme le règne de la justice et de la félicité universelles, comme si elles étaient de ce monde; enfin il a pour lui, et c’est là sa plus sûre chance de réussite, la peur et l’indifférence, ces deux grandes infirmités de la bourgeoisie moderne; sans compter qu’il se trouve en terrain tout préparé par la prédominance que l’État occupe en France, où chacun recherche sa tutelle.

Ce concours de circonstances fait que le Socialisme progresse chez nous à grands pas; déjà, il a gangrené les sphères parlementaires, a pris place dans le gouvernement, si bien qu’il n’est pas chimérique de prévoir qu’il en arrivera à ses fins à assez bref délai. Mais, vraisemblablement aussi, l’heure de son avènement sera aussi celle de son déclin; il se heurtera alors à des nécessités économiques et psychologiques qui amèneront de sanglants cataclysmes, et la foule déçue et si versatile se jettera, en l’acclamant, aux pieds d’un César quelconque qui sera parvenu à rétablir l’ordre intérieur, au prix de la liberté et peut-être au risque des pires aventures, continuant ainsi le cycle perpétuel des événements auxquels est assujettie l’humanité.