1, Strette.—Pincement, élancement; du latin strettus, serré, pressé.
4, Grandeurs.—Dans Don Quichotte, Sancho Pança dit qu’«un pape enterré ne tient pas plus de place qu’un sacristain».—Un dicton populaire: «Mieux vaut goujat debout, qu’empereur enterré.»—Et Malherbe:
«Et la garde qui veille à la porte du Louvre,
N’en défend point nos rois.»
10, Biffe.—De l’italien beffa, pierre fausse, et par extension niche, moquerie; signifie ici: dehors trompeurs, fausse apparence.
12, Terre.—Plutarque, Si l’homme sage doit se mêler d’affaires d’État.
13, Roy.—Depuis Montaigne des changements radicaux se sont produits en France à cet égard. A l’autorité effective des rois, s’est d’abord substituée l’action dirigeante des classes moyennes, au profit surtout desquelles s’était faite la Révolution de 1789. Celles-ci, abstraction faite de quelques rares individualités, par le manque de caractère qui leur est propre, méconnaissant dans leur vue courte et inconsciente les devoirs que cette situation leur imposait, plus préoccupées de ce qui, sur le moment, les touche personnellement que de l’avenir et de l’intérêt général, ont laissé s’implanter le parlementarisme. A ce régime, de chute en chute et aidés dans cette évolution par l’affaiblissement des croyances religieuses et les conditions nouvelles d’existence et d’idées, suite des découvertes modernes dans les sciences et l’industrie, nous devons d’en être arrivés à l’avènement des classes populaires à la vie politique, et à leur aspiration à la direction des affaires publiques; à ce que Le Bon appelle l’ère des foules.
Ce n’est plus, dit-il avec bien juste raison, dans les conseils des princes, mais dans l’âme des foules que se préparent les destinées des nations. Leur voix est devenue prépondérante; par leur organisation actuelle, maintenant surtout que des mains imprévoyantes ont successivement renversé toutes les barrières qui pouvaient les contenir et que déjà une partie des pouvoirs publics est à elles, elles constituent une puissance avec laquelle il faut compter, et leurs revendications qui portent sur l’augmentation de plus en plus grande des salaires, concurremment avec la limitation des heures de travail, l’expropriation de toutes les sources de revenus, des chemins de fer, des mines, du sol, le partage égal de tous les produits, l’élimination de toute supériorité, tendent à la destruction de la société actuelle et à un retour au communisme primitif des groupes humains.
En analysant l’esprit qui les anime, on constate que les foules ont pour caractéristiques essentielles: l’irréflexion; souvent les mots les plus vides de sens, frappant leur imagination, suffisent à les conduire; une crédulité excessive, l’invraisemblance n’existe pas pour elles; l’exagération, la soudaineté de leurs résolutions; une intolérance qui fait qu’elles ne supportent aucune objection, ne se laissant arrêter par aucune considération; le sentiment de leur force qui est devenue immense en raison de leur nombre et de ce qu’elles échappent à toute responsabilité; l’inconscience de leurs actes. Très difficiles à gouverner, elles veulent les choses avec frénésie et sont surtout propres à détruire; la justice et la raison sont sans prise sur elles; la force seule leur en impose, pour elles la bonté n’est qu’un signe de faiblesse: «Il n’est rien moins esperable de ce monstre... que l’humanité et la douceur; il receura bien plustost la reuerance et la crainte» (I, 198).
L’individu en foule diffère essentiellement de l’individu isolé; du moment qu’il est en foule, il acquiert le sentiment d’une puissance irrésistible, s’imagine irresponsable et cède à des instincts que seul il eût forcément refrénés, car par une sorte d’hypnotisme produit par les effluves qui émanent du milieu dans lequel il se trouve, sa mentalité s’altère, le plus intelligent, le plus savant descend au niveau de ceux qui le sont le moins: il n’a plus de volonté, sa raison cesse de le guider, il devient inconscient et capable d’obéir à toutes les suggestions, «l’ardeur de la societé rauissant les particuliers iugements» (I, 648). Cet effet se produit que la foule soit homogène ou non, qu’elle soit composée d’éléments quelconques ou choisis; c’est à cela qu’on voit des jurys rendre des verdicts que désapprouvent chaque juré individuellement, des assemblées parlementaires adopter des lois et des mesures que réprouvent en particulier chacun de ses membres; sous ces influences ambiantes l’avare se transforme instantanément en prodigue, le sceptique en croyant, l’honnête homme en criminel, le héros en poltron; «la contagion est tres dangereuse en la presse» (I, 410).