36, I’ay pris.—Cet alinéa, consacré à Mlle de Gournay, n’existe pas dans les éditions antérieures; c’est en effet seulement lorsque Montaigne vint à Paris pour surveiller l’impression de l’édition de 1588, qu’il fit sa connaissance.—Dans l’édition de 1635, qu’elle-même a publiée, ce passage est modifié ainsi qu’il suit: les mots «beaucoup plus que» et les deux membres de phrase ci-après: «Et enueloppée... au monde», «Et entr’autres... cruellement», sont supprimés. Il est à croire qu’ils avaient prêté à de malignes interprétations et que leur suppression dont elle s’excuse en disant: «En ce seul poinct ai-je esté hardie, de retrancher quelque chose d’vn passage qui me regarde», a été une concession qu’elle a faite aux mauvaises langues de son temps, de même que quelques autres coupures dans cette même édition ont été une satisfaction donnée aux scrupules de ceux que choque une certaine liberté d’expressions.—Cicéron avait eu aussi sa Marie de Gournay: une dame romaine nommée Carolli se lia d’intimité avec lui, en tout bien, tout honneur, par amour pour la philosophie; elle avait 70 ans. Marie de Gournay n’en avait que 22.

38, D’alliance.—Marie le Jars, demoiselle de Gournay du nom du lieu où elle habitait (1565 à 1645), née à Paris.—Elle avait dix-huit ans, quand ayant lu les deux premiers livres des Essais, elle se prit pour leur auteur d’une véritable admiration. En 1588, ayant appris la présence de Montaigne à Paris, elle vint l’y voir et le charma si bien par son esprit et son érudition, qu’elle réussit à l’attirer à Gournay, en Picardie, chez sa mère, où il fit plusieurs séjours prolongés. De retour chez lui, il s’empressa d’insérer dans la nouvelle édition en préparation de son ouvrage, celle à laquelle la mort l’empêcha de mettre la dernière main, l’éloge de sa jeune admiratrice, qu’il qualifie sa fille d’alliance.—Mademoiselle de Gournay pleura Montaigne comme un père lorsqu’il mourut cinq ans plus tard; elle et un ami, le poète Pierre de Brach, l’avaient aidé lors de l’impression de sa dernière édition, aussi les désigna-t-il comme exécuteurs d’une réédition à laquelle il travaillait lorsque la mort vint l’atteindre. En vue de cette réédition il avait annoté et retouché un exemplaire de son édition de 1588; fidèle observatrice de ses intentions, sa veuve, pour ne pas se défaire de l’original, chargea Pierre de Brach de la mise au net de ces notes manuscrites, qu’il transcrivit en leur lieu et place sur un autre exemplaire de cette même édition, se bornant à rectifier quelques incorrections, et cette copie, envoyée en 1594 à Mademoiselle de Gournay qui la fit imprimer accompagnée d’une trop longue préface qu’elle-même avait composée, constitua l’édition de 1595. Cette copie est perdue; quant à l’original, longtemps ignoré, il a été retrouvé deux siècles après chez les Feuillants de Bordeaux et se trouve actuellement à la bibliothèque de cette ville.—Ce pieux devoir accompli, Mademoiselle de Gournay, en 1596, se rendit en Guyenne pour faire visite à la veuve et à la fille de son père par alliance, et s’inspirer de la vue des lieux où il avait vécu et où il avait écrit ce livre qu’elle mettait au-dessus de tout; elle n’avait alors que 29 ans; elle en vécut encore cinquante, toujours fidèle au culte de Montaigne, ne publiant pas moins de onze éditions de ses Essais, dont la dernière en 1635, magnifique in-folio qu’elle eut la bonne fortune de pouvoir dédier au cardinal de Richelieu. Elle-même était écrivain, et prit une large part au mouvement littéraire de l’époque; on a d’elle des poésies, quelques écrits dont le plus remarquable est «L’Égalité des hommes et des femmes», et des traductions de morceaux de Virgile, de Tacite et de Salluste.

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7, Bastantes.—Suffisantes; de l’italien bastare, suffire, d’où vient également «baste» encore en usage dans le style familier.

12, Quartier.—Pays.

15, Consideration.—Il est à remarquer que Montaigne parle toujours avec plus de chaleur et d’enthousiasme de ces liaisons où le sang n’est pour rien, de son amitié avec La Boétie, de son alliance avec Mlle de Gournay, que de ses affections de famille.

16, Aage.—Dans ce siècle, en ce temps.

CHAPITRE XVIII.

28, Ouuroirs.—Ateliers. Ce mot «ouvroir», qui s’appliquait jadis aux locaux où «ouvraient» (travaillaient) les gens de métier, ne se dit plus aujourd’hui que de locaux où on forme les jeunes filles à la couture et d’autres travaux analogues, et où des associations charitables exécutent, préparent des travaux de même genre pour les jeunes filles et femmes pauvres.

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