Au mot de vertu, il leva les épaules, renvoya Giboulée dans ses mollets, d'un coup de talon, et grommela:
—M. de Pardaillan, mon père, m'a pourtant fait jurer de me défier surtout de moi-même! Allons voir s'il reste quelque perdreau ou quelque carcasse de poulet chez maître Landry!
Une heure plus tard, dans la rôtisserie de la Devinière, il était attablé devant une magnifique volaille que Mme Landry Grégoire découpait elle-même, ce qui lui permettait de faire valoir la rondeur d'un bras nu jusqu'au coude.
Une fois rassasié, Pardaillan s'en fut tranquillement se coucher, tandis que maître Landry poussait un soupir de désespoir en constatant que trois flacons avaient succombé aux attaques de son hôte.
Le lendemain, fatigué de la grande bataille de la veille, Pardaillan se réveilla assez tard. Il se leva, passa son haut-de-chausses et se mit en devoir de raccommoder son pourpoint, opération qui lui était des plus familières.
Il s'était placé près de la fenêtre pour avoir du jour, et tournait le dos à la porte. Il venait de boucher un premier trou et attaquait un accroc situé en pleine poitrine lorsqu'on gratta légèrement à la porte.
—Entrez! cria-t-il sans se déranger.
La porte s'ouvrit. Il entendit la voix grasse de maître Landry Grégoire qui disait avec respect:
—C'est ici, mon prince, c'est ici même...
Et ayant tourné la tête par-dessus son épaule pour voir de quel prince il s'agissait, Pardaillan aperçut en effet le plus magnifique seigneur qui eût jamais franchi le seuil de la Devinière: hautes bottes en peau fine, à éperons d'or, haut-de-chausses en velours violet, pourpoint de satin, aiguillettes d'or, rubans mauves, grand manteau de satin violet pâle, toque à plume violette agrafée à une émeraude; et, dans ce costume, un jeune homme frisé, musqué, pommadé, parfumé, moustaches relevées au fer, joues fardées, lèvres passées au rouge: un mignon splendide.